Six faits concernant la conversion

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C’est un vraiment phénomène «moderne»
Médiatiquement, les projecteurs ont beaucoup été braqués sur les conversions à l’islam de Français de souche et de jeunes issus de l’immigration. Mais le phénomène ne se résume pas à cela. La foi chrétienne, le judaïsme et les mouvements ésotériques le connaissent aussi. Par ailleurs, les études sociologiques montrent que des gens changent plusieurs fois de religions dans leur parcours de vie.

Le religieux est moins obligé qu’hier, quand les Eglises jouissaient d’un rôle social important. Ce recul de l’influence des Eglises a pour effet d’augmenter les choix personnels, autrement dit les conversions. C’est moderne en ce sens que c’est une identité qu’on a choisi, dans une société actuelle où le plus important, c’est d’être soi et de pouvoir choisir ce qu’on est.

Pour les chrétiens, la perte d’influence du christianisme a aussi augmenté la distance entre la mentalité ambiante et celle des croyants ; donc le nombre de pas à faire pour devenir pleinement chrétien est important.

16-20 ans : l’âge le plus fréquent
Les études montrent qu’on se convertit principalement entre seize et vingt ans. C’est logique, car c’est aussi le moment où on se situe par rapport à la vie en général, où l’on forge sa vision du monde. Beaucoup vivent la conversion dans le cadre de camps. Dans ce contexte, la distance d’avec le foyer familial et l’effet de groupe joue un rôle certain.

C’est un acte politique dans plusieurs pays
Dans plusieurs pays, la conversion religieuse est régie par des lois. A cause d’elles, on arrête et on attaque même violemment des gens. Les chrétiens sont les premiers visés. A la base, elles sont destinées à protéger les gens de conversions forcées et frauduleuses ; elles portent ironiquement le nom de «loi de liberté religieuse». Mais la réalité est moins reluisante. On les trouve dans plusieurs provinces d’Inde (qui ont leur lois propres), mais aussi en Algérie. Des chrétiens et politiciens en charge de défendre les minorités se battent pour faire tomber ces lois ou pour empêcher leur adoption. Au Sri Lanka en février dernier (dominé par le bouddhisme), une loi de ce type a été évitée de justesse, sur l’argument qu’elle entravait une liberté fondamentale.

Cela fait «beaucoup de bruit»
Après une conversion, on a le sentiment d’avoir trouvé une identité, un cadre cohérent pour construire sa vie, des normes nouvelles et une communauté où s’incorporer. On a souvent vécu une expérience spirituelle forte et on a envie de s’engager pleinement. Quand on se convertit, c’est aux «fondations de la maison» qu’on touche (et pas juste à la façade ou au jardin), donc il y a une réorganisation globale de la vie. La difficulté vient du fait que cela provoque parfois des ruptures: avec le milieu familial, avec ses habitudes de vie, ses fréquentations et autres engagements.

Le problème est ensuite de penser le monde en «binaire»: ceux qui ont fait la même expérience et les autres, qui lui sont étrangers. On se rapproche alors de ceux qui nous ressemblent et une sorte de décalage culturel se crée avec le reste du monde, surtout dans le discours. Le mieux est, si on y arrive, de garder un discours de la progression et pas de la rupture.

Un vécu spectaculaire n’est pas la norme
Dans le milieu évangélique, plus de la moitié des gens parlent d’une conversion forte, à un moment précis. Cela peut poser problème à ceux qui ont vécu ça sur la durée et qui se sentent chrétiens depuis toujours mais n’ont pas vécu ce genre d’expérience. A l’extrême, il faudra avoir été un païen très coriace pour parler ensuite de sa foi avec autorité. Cette tendance à noircir la personne pour mieux la «purifier» ensuite est présente. Il faut simplement ne pas oublier qu’il y a toutes sortes de parcours.

Dans les Eglises historiques et en règle générale, on baptise les enfants. Pour eux, il n’y a donc pas de rupture, c’est un chemin progressif. Chez les catholiques, même le vocabulaire a une portée différente: la conversion se vit au quotidien ; c’est un choix de tous les jours de suivre Dieu. Les évangéliques appelleront ça la sanctification.

Nastasia et El Ramon, d’après la sociologue parisienne Danièle Hervieu-Léger et le sociologue mennonite Philippe Gonzalez

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