Qui seront les VIP au ciel?

Moteur de recherche avec les mots-clés: «VIP» et «paradis». Premier hit: un complexe hôtelier aux Bahamas, garanti 100% sans paparazzi. Non, c’est pas ça. Quelques clics plus loin. Une revue d’études de «tourisme céleste». «Réservez dès maintenant votre appart’ clés en main». Tiens, voilà qui est intéressant. Quelle est ma religion? Chrétien. Je coche. Ah! On me propose des forfaits «souffrance» pour se garantir une meilleure place au Ciel. Ou d’imiter cette riche famille de Bruges, les Adornes, qui a fait construire une église (la Jerusalemkerk), au 16e siècle, dans le même but. Essayons autre chose. «Hindouisme». Là, je dois purifier mon karma pour avoir une meilleure réincarnation. Comment on fait ça? Par la méthode de la voix octuple des nobles… De la méditation, en fait. Dernier essai. «Islam». Toujours d’après ma revue, je peux faire en sorte de mourir au djihad [guerre sainte] comme shahid [martyr].

V.I.P: very important person: être beau et/ou lifté, qui a du fric, du pouvoir et une vie extravagante. Nous autres, on a nos saints, traduction croyante des VIP. Des figures marquantes, qu’on peut exhiber: Billy Graham, Mère Teresa et d’autres. Il paraît, cela dit, que l’histoire de l'Église persécutée à travers les siècles regorge de héros méconnus; que le monde à venir rétablira la vraie histoire, qu’on mettra un nom sur la tombe de tous les soldats inconnus.
Mon problème est le suivant: l’impression que le seul fait de vouloir être VIP au Ciel risque de me disqualifier de l’être un jour (à cause de l’orgueil). Comme si, pour obtenir cette chose, il fallait en fait ne plus le vouloir. Répète après moi: «Non, je ne veux pas une place d’honneur, non je ne veux pas une place d’honneur». Allez, encore une cinquantaine de fois!

Je connais les Béatitudes, qui disent à peu près ceci: «Heureux ceux qui galèrent et malheur à ceux qui ont réussi». Avoir eu trop de récompenses et d’honneur sur cette terre doit donner à certains des sueurs froides par rapport à leur future demeure céleste, du moins à en croire Jésus qui disait: «Malheur à vous lorsque tout le monde dira de bien de vous, parce que c’est ainsi que vos ancêtres traitaient les faux prophètes». Ailleurs, il a dit: «Si quelqu'un quitte pour moi sa maison, sa famille, ses possessions, il recevra cent fois plus dans cette vie, des frères et des sœurs, des maisons et des biens - et aussi des persécutions - et dans la vie à venir, la vie éternelle». Mais la perspective d’être incompris et rejeté n’est pas très motivante…

Bon. Je vais appeler mon pasteur. Par chance, c’est lui qui décroche, pas son répondeur. «Salut, comment va?» – «Ben, ça va. Disons, une question me turlupine. Je veux savoir, là. Au Ciel, comment on peut savoir si on s’en sortira bien ou pas, tu vois, je veux dire, plutôt Limousine Rolls-Royce ou plutôt, bidonville». Silence à l’autre bout. Pasteur Jean-Luc est mal pris, parce que chez nous, les protestants, le mérite vis-à-vis de Dieu et de l’éternité a mauvaise réputation. «Dieu nous sauve par grâce seule», m’explique le pasteur. Mais alors, on sera tous à la même, l’égalité-fraternité enfin réalisée, aucun privilège pour qui que ce soit et peu importe ce qu’on a fait – ce qui résout mon problème de VIP. C’est ça? «Dieu ne nous sauve pas à cause de nos bonnes œuvres. Mais c’est vrai d’un autre côté, parce que Dieu est juste, que nos œuvres nous suivent. Attends une minute». J’entends qu’on feuillette une Bible. «Dans ce qu’on a appelé la Parabole des Talents, Jésus parle des récompenses à venir. C’est un texte qui a souvent été lu dans une perspective éternelle. Celui qui a enterré son talent ne recevra rien. Celui qui au contraire a fait fructifier ce qu’il a reçu sera récompensé. “Tu as été fidèle dans la gestion de ce que tu as reçu. Reçois le commandement de dix villes”.»

Jean-Luc me dit ensuite de relire un passage de l’Évangile, Marc 10,35, «à propos de mon ambition». Je boucle donc. Alors, ce passage… Bon, je résume pour vous. Deux disciples de Jésus, deux frères, se sont mis d’accord avec leur mère Salomé pour qu’elle aille demander au maître les deux places d’honneur «lorsqu’il sera couronné»: un fils à gauche du trône, l’autre à droite. Les autres disciples ont ricané. Tu m’étonnes! Mais Jésus ne casse pas les deux frères, il dit au contraire à toute la bande: «Si quelqu’un veut être un VIP, qu’il soit le serviteur des autres. Suivez mon exemple». OK, là ça a l’air plus accessible. Disons, à comprendre. Après, à mettre en pratique…

El Ramon

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