Au fond, qu’est-ce qui a poussé Dieu à nous créer?

Lorsque l’on considère l’histoire du monde dans une approche chrétienne, que l’on voit les problèmes causés par l’humanité, le scandale du mal, quand on considère le prix qu’il en a coûté à Dieu de sauver l’humanité, on peut se demander pourquoi il a créé l’homme, si ça valait la peine; Dieu savait à l’avance que cela poserait autant de problèmes, non?

Dieu manquait-il de compagnie? L’idée du besoin, pour expliquer l’existence de l’humanité, a son origine dans les mythologies babyloniennes, où les dieux créent un ouvrier pour qu’il travaille à leur place. Le Dieu de la Bible n’a besoin de rien. Comme disait l’apôtre Paul aux Athéniens, Dieu n’est pas servi par des mains humaines. Quant à sa possible solitude, Dieu est trois personnes: il a de la relation en lui-même, le Père, le Fils et le Saint-Esprit sont dans une relation d’amour parfait.

Suivons plutôt la piste de l’amour. Cet amour intervient dans la Création, qui est l’œuvre commune du Père et du Fils, comme le dit le deuxième verset de la lettre aux Hébreux. La Création est belle pour le plaisir de l’avoir faite ensemble et de l’apprécier ensemble. La Bible dit également que le Père soumettra tout au Fils et que le Fils remettra tout à Dieu: c’est un cadeau qu’ils se font mutuellement.

Mais il y a plus : peut-on imaginer que c’est l’excès de l’amour entre les personnes de la Trinité qui les a conduits à donner la vie et l’amour à un être distinct? Cette idée n’est pas explicite dans la Bible mais on peut la déduire du chapitre 2 de la Genèse: l’amour entre l’homme et la femme les conduit à vouloir transmettre la vie à un être semblable mais distinct, aimé et destiné à grandir – à l’image de Dieu. Parce qu’il veut l’humanité semblable à lui, Dieu lui donne une personnalité, la capacité d’aimer, des dons créatifs et un domaine sur lequel exercer une autorité: la terre. Et parce que Dieu veut l’humanité distincte de lui, il lui donne une volonté propre. Dieu étant trois-en-un, il donne également à l’humanité une diversité qui appelle à la complémentarité et à la relation: diversité de sexe.

Mais la pensée biblique est tournée vers l’avenir. Elle répond à la question «pour quoi?», là où nous sommes toujours portés à demander «pourquoi?».

L’apôtre Paul écrit aux Romains (9,22-23) que si quelqu’un va à la perdition, il sert à montrer la colère et la justice de Dieu et que si d’autres sont sauvés, ils servent à montrer la miséricorde de Dieu. Cela ne peut s’appliquer qu’à une humanité coupable, car seul un coupable mérite châtiment et peut recevoir miséricorde. Même l’humanité rebelle à Dieu sert à manifester la personnalité de Dieu. L’humanité sert à la gloire et à la louange de Dieu, autrement dit, à faire reconnaître les qualités de Dieu.

Pour l’humanité sauvée, cela se passe de manière éclatante, dans l’idée de devenir semblable à Jésus-Christ, le Fils de Dieu; semblable en caractère et en dignité. Nous sommes appelés à entrer dans la famille de Dieu, à entrer dans cette dynamique d’amour qui anime la Trinité. Déjà aujourd’hui, nous devons manifester cet amour par la fraternité dans l’Eglise, afin que l’honneur de Dieu soit reconnu, afin qu’entrent dans la famille de Dieu ceux qu’il appellera, afin que dans l’éternité un peuple nombreux chante la gloire de Dieu dans l’amour, la joie et la reconnaissance.

Notre existence trouve sa source dans l’amour de Dieu et elle y trouve aussi sa finalité. Nous sommes là par et pour le bon vouloir de Dieu, qui a voulu étendre son amour à une multitude d’être distincts et pourtant semblables à son Fils, pour la plus grande gloire de son nom.

Jean-René Moret

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