«J’ai peur qu’il recommence!» Après un adultère, peut-on retrouver la confiance dans le couple?

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Dans la série «Sur le divan - Couple en consultation», nous découvrons comment deux personnes peuvent trouver une solution à une situation difficile avec l’aide d’un conseiller. Des thérapeutes et psychologues nous donnent donc un aperçu de leur travail et nous font vivre une séance dans leur cabinet. Les situations sont anonymes et publiées avec l’autorisation des couples concernés.

Alors qu’Aline vit dans la peur que son mari lui cache quelque chose, Nicolas, lui, tente de la tranquilliser par son apparente assurance, mais il obtient tout le contraire. Le thérapeute Hans-Arved Willberg essaie, avec eux, de trouver un chemin commun pour sortir de cette crise


Aline, une femme aux manières raffinées, s’assied en face de moi, sensible et réfléchie. En pleurant, elle se met à parler de son mari, Nicolas. Un homme un peu carriériste, qui meurt d’ennui s’il n’occupe pas une position hiérarchique élevée. Pour Nicolas, le niveau de vie doit être obligatoirement élevé. Sinon, il se sent mal. Et après tout, pourquoi s’en priverait-il, puisqu’il en a les capacités?

Il a suffi d’une fois...
Mais voilà: ces dernières années, le stress a été un peu trop élevé. Pour rester au sommet, il a dû une nouvelle fois déménager et sa famille l’a suivi. Cinq ans à Rome. Et puis, c’est arrivé. Avec sa secrétaire, dans le même hôtel. Nicolas s’est montré très faible et, depuis ce jour-là, s’est mis à mener une double vie. Jusqu’à ce que Aline l’apprenne, par hasard.
Elle l’avait toujours suivi sans résistance, l’aimant plus que tout. Elle était toujours là pour lui et pour leurs deux enfants adolescents. Une épouse et une mère fantastique, attirante, soignée, intelligente, empathique, flexible. Une famille heureuse, harmonieuse.

Le pardon oui, la confiance pas encore...
Exemplaire, Aline me partage ses sentiments: «J’ai pardonné à Nicolas. Je sais qu’il a simplement eu trop de stress et que ses absences de la maison devaient être difficiles à gérer. Mon mari peine à percevoir ses besoins et ses sentiments. Alors, il va au-delà de ses limites et essaie de tout régler avec ses capacités intellectuelles. A cette époque, les exigences de la direction de l’entreprise étaient simplement trop élevées. Mais généralement, il est capable d’être très discipliné...»
«Trop, peut-être?», lui demande-je.
«Oui. A cette époque, il était dépassé et il a juste eu besoin de cette soupape». Les larmes coulent plus fort. «Mon problème n’est pas de pouvoir lui pardonner. Mon problème, c’est que j’ai peur.»
«Peur de quoi?»
«Qu’il recommence. Même si je ne crois pas qu’il veuille le faire, je ne suis pas libérée de tout soupçon.»

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«Je crois que c’est une dépendance»
Le problème n’est pas seulement sa peur. Nicolas est aussi empêtré dans la pornographie. Lors de l’entretien suivant, il est là avec Aline.
«Cela m’est très difficile de l’admettre», reconnaît-il, «mais je crois que c’est une dépendance». Une dépendance avec laquelle il peut très bien vivre. «Je m’y suis habitué déjà à l’époque de l’adolescence. Au début avec des magazines, plus tard avec des vidéos. C’est simplement une soupape pour moi, particulièrement lorsque je suis en route». Aline, elle, ne peut pas comprendre que son mari soit adepte de ce genre de vidéos: «J’en ai déjà regardé et cela ne me fait rien du tout. Mais, ce n’est pas ça, mon problème...»
Je sais bien ce qu’elle va dire: «Votre problème, c’est la peur». Les larmes coulent à nouveau. Tout va dépendre de Nicolas. Nous gardons le silence. Il pose ses mains sur le bras d’Aline. On peut clairement sentir à quel point ces deux s’aiment et se respectent. Nicolas souffre de faire souffrir son Aline.

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Rongé par la honte
Aline aimerait parler de ça avec lui, le comprendre. Mais il a trop honte. «J’ai honte de ne pas encore être capable d’avoir ça sous contrôle, cela me pèse tellement!». Il accepte un entretien en tête-à-tête avec moi. Cet homme brillant et carriériste espère de bons conseils de ma part, afin de mettre un terme définitif à son problème de pornographie. Parce qu’Aline en souffre. Il lui en a déjà trop fait voir. Lorsque l’adultère avec sa secrétaire avait été mis en lumière, il s’était senti très soulagé. Mais c’était aussi terriblement difficile.
Il peut fort bien comprendre qu’Aline redoute un nouvel adultère. Car s’il regarde d’autres femmes avec concupiscence, même si ce n’est «que» sur internet, qu’est-ce qui lui garantit qu’une prochaine «escapade» n’aura pas lieu? Mais il veut qu’elle cesse d’avoir peur. Il veut lui montrer combien il est capable de se contrôler! Il ne sait juste pas comment et il espère que l’expert que je suis va le lui dire...

Pas un simple manque de volonté
Mais je ne vais pas lui donner la recette-miracle, car son problème ne réside pas dans un manque de forces, de volonté ou de discipline. «Votre problème, c’est que vous refusez d’avoir des faiblesses. Malgré tout le respect que j’ai pour votre “volonté”, je doute qu’elle vous permette de résoudre votre problème de couple». Nicolas frémit: «Un problème de couple? Le problème n’est donc pas uniquement chez moi?». Nicolas a du mal à l’accepter, car il voit bien ce que cela implique: faire face aux souffrances d’Aline et partager avec elle ses propres faiblesses. Et ça, ce n’était pas vraiment au programme...

Elle se sent exclue
S’ensuivent plusieurs entretiens en individuel avec chacun. Désormais, Aline ressent aussi le besoin d’un soutien particulier. La pensée que Nicolas pourrait s’attaquer au problème sans elle ne lui convient pas: «Je suis particulièrement agacée quand mon mari me dit que je dois juste lui faire confiance... Ce faisant, il m’exclut d’un problème qui, pourtant, est directement lié à notre relation. Il ne m’informe de rien, et je devrais lui faire confiance? Et rester seule avec ma peur et ma douleur? Impossible!»

Un fonctionnement conjugal difficile
Après ces séances individuelles, nous nous retrouvons à nouveau les trois, et je résume ce que j’ai pu déceler: «J’ai tout d’abord observé que, dans votre couple, vous avez établi inconsciemment tout un système de fonctionnement: vous vous heurtez à un passé marqué par vos manques d’attention respectifs. Chacun, à sa manière, a des besoins insatisfaits.»
Nicolas a compensé ses déficits par la performance, le succès et le statut social, refoulant des émotions telles que la déception, la peur et la nostalgie. Aline, elle, n’a pas été assez à l’écoute d’elle-même, faisant trop souvent passer ses grandes qualités de compréhension et d’amour avant ses propres désirs et exigences. «C’est exactement cela», reconnaît-elle. «Et c’est aussi la raison pour laquelle j’ai voulu trouver de bons conseils pour notre couple. D’une certaine manière, j’ai trop longtemps essayé de faire face moi-même à cette situation, ce qui m’a plutôt fait du mal. Avec du recul, je vois que je ne me suis pas assez opposée à Nicolas». Je ne peux qu’acquiescer.

S’accepter avec ses faiblesses
Nous abordons ensuite la question de la pornographie de Nicolas. Je leur répète qu’il ne peut pas résoudre ce problème seul: «Puisqu’il vous affecte tous les deux, chacun est au défi de l’affronter de face». Avec vigueur et conviction, Aline interpelle son mari: «En voulant en venir à bout tout seul, tu me mets de côté. Un peu comme quand tu regardes tout seul tes vidéos... Tu essaies de prouver que tu es fort, puis, quand tu n’y arrives pas, tu est dévoré par la honte et tu me le caches. Tu veux me montrer uniquement tes succès, tout en dissimulant tes échecs. Comment veux-tu donc que mes soupçons disparaissent?»
«Bon», répond Nicolas, hésitant: «Je suis forcé d’admettre que mon problème premier est mon incapacité à reconnaître mes faiblesses». Je rebondis sur cet aveu: «Et aussi longtemps que vous ne le faites pas, vous n’arriverez pas à maîtriser votre problème de pornographie. On ne peut régler un problème psychique que si l’on accepte l’existence de ce problème.»
«M’accepter moi-même, comme je suis, avec mes faiblesses...», appuie Nicolas, pensif, comme pour lui-même. «Exactement. Vous avez un problème. Ce n’est pas une catastrophe d’avoir un problème. Tous les êtres humains ont des problèmes. Reste à les empoigner de la bonne manière. Et là, je crois que vous allez vous y attaquer mieux qu’avant. Définissez votre dépendance à la pornographie, comme vous dites, non plus comme votre problème personnel, mais un problème conjugal, commun.»

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Nécessaire transparence
Je jette un regard interrogatif à Aline. Elle acquiesce et semble soulagée. Je l’ai visiblement bien comprise.
«Le mot magique s’appelle transparence», dis-je après un cours temps de réflexion. «C’est-à-dire en parler régulièrement avec Aline?», demande Nicolas. «Ne rien cacher», lui réponds-je.
«Je n’aime pas du tout quand tu regardes ces vidéos», complète Aline. «Mais le pire, pour moi, c’est lorsque tu le fais en cachette. Comme avant-hier, quand je suis entrée dans la chambre et que tu as vite éteint ton ordinateur portable. Même si j’ai apprécié que tu ne me mentes pas, après coup, j’ai eu peur». «Peur que je puisse avoir une double vie», termine Nicolas, songeur. «Oui, les souvenirs reviennent et je m’imagine le pire...». Ses larmes coulent à nouveau. «C’est ça qui est le plus dur», soupire Nicolas. «J’aurais tellement voulu être un héros!». Ils éclatent de rire. «Là, maintenant, tu en es un», dit Aline. Les yeux remplis d’amour, elle le regarde et lui caresse la joue.

Nouvelles habitudes conjugales
Plusieurs entretiens individuels et en couple suivent. Aline devient plus courageuse pour exprimer ses souhaits et ses exigences. Nicolas est face à des défis nouveaux: car avec une Aline flexible, la vie était plus confortable. Mais il remarque aussi comme cette transparence est bénéfique pour leur couple, et il trouve finalement plutôt constructif de connaître plus clairement les désirs et les craintes de son épouse. Et il aime lui faire plaisir.
De son côté, Aline se réjouit quand Nicolas prend le temps de lui raconter comment il se sent. Surtout quand il lui parle franchement de ses faiblesses: qu’il craint d’entamer la nouvelle semaine qui s’annonce très chargée ; qu’il a été assez contrarié lorsqu’un client lui a fait une remarque désagréable ; qu’il est allé à nouveau chercher une vidéo et qu’il s’est satisfait tout seul...

Progrès évidents
Nous nous revoyons quelques semaines plus tard. «Que pensez-vous maintenant de votre problème avec la pornographie?». Nicolas répond: «Vous vous rappelez peut-être que, lors d’un précédent entretien, vous aviez mis en doute que mon attachement à la pornographie soit une réelle dépendance. Aline et moi en avons ensuite parlé tous les deux pendant la soirée, et nous sommes arrivés à la conclusion que nous n’arriverions à rien si nous parlions de “dépendance”. Certes, la pornographie est une habitude fortement ancrée, mais cela n’enlève rien au fait que je suis à chaque fois libre et responsable de mes choix.»
Nicolas poursuit, visiblement sur la bonne voie: «Je sais qu’Aline trouve toujours aussi désagréable que je regarde des vidéos douteuses. Mais je suis très reconnaissant qu’elle ne dramatise pas. Et pour moi, il importe premièrement de me rappeler que j’en porte la responsabilité. Maintenant, je dois assumer. Je ne peux plus cacher tout cela.»

«Il a changé positivement»
«Il a vraiment changé positivement», se réjouit Aline, qui a l’air heureuse: «Nicolas est beaucoup plus détendu. Nous avons à nouveau énormément de plaisir ensemble». «Et nous discutons très souvent», complète Nicolas.
La confiance a de nouveau pu se développer. L’interaction est même plus belle qu’avant. Les relations sexuelles sont également très appréciées des deux. Nicolas n’a pas encore renoncé à son habitude de pornographie. La peur d’Aline est encore dans les parages. Mais cette peur ne règne plus en maître. Ils se sont retrouvés l’un l’autre. Et ils sont sur un bon chemin.


Hans-Arved Willberg est thérapeute du comportement, théologien, auteur et formateur de conseillers en relation d’aide

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