Surveillée et traquée, elle a quitté l'Iran

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© Alliance Presse

Sarah, 28 ans, a grandi en Iran. Mais face à la pression du gouvernement, elle a décidé de quitter son pays pour rejoindre la Suisse. Elle est désormais pasteur jeunesse et s’engage en faveur des communautés perses. Portrait.

Imagine que tous tes messages Facebook ou WhatsApp soient imprimés par une police secrète, prête à venir t’arrêter parce que tu as mentionné le nom de «Jésus». C’est à peu près ce qu’a vécu Sarah en Iran, alors qu’elle n’avait qu’une vingtaine d’années.

«Ils ont des caméras partout»
A partir de 2005, en effet, quand le nouveau président Mahmoud Ahmadinejad est arrivé au pouvoir, la pression a augmenté d'un cran sur les chrétiens. «Les collaborateurs du “Service de l’information” ont des caméras partout, ils te suivent dans leur voiture, contrôlent tes contacts téléphoniques, impriment tes emails et les envoient chez toi pour te montrer qu’ils sont au courant de tous tes faits et gestes». Il n’est désormais plus possible de se réunir que par deux ou trois, au restaurant, au parc ou à la piscine et, sous prétexte de se baigner, se retrouver pour lire la Bible.

Dénoncer les autres chrétiens
Ce n’est pas tout: avec le durcissement du régime, il a fallu commencer à donner les noms, les numéros d’identité et la copie du passeport de toute personne venant à l’Eglise. Pasteurs et responsables ont été mis en prison et forcés à fournir des informations. Sarah elle-même a été contrainte de «coopérer» en donnant des informations sur leurs réunions, les liens entre les personnes, les relations à l’extérieur du pays... Difficile, puisque ses deux parents sont pasteurs! En 2009, leur Eglise a été fermée sur ordre du gouvernement, mais les parents de Sarah ont continué d’exercer leur travail. Sarah a été bientôt obligée de signer des accusations criminelles contre son propre père et d’autres pasteurs!

Fausses accusations
Mais comment peut-on mettre quelqu’un en prison juste parce qu’il est chrétien? La Constitution iranienne garantissant la liberté de culte, l’Etat ne peut pas emprisonner les croyants pour des raisons religieuses. Il exerce donc une pression pour obtenir de fausses accusations ou de faux aveux d’adultère, de vol et autres «crimes» pour arrêter des chrétiens. «Le régime se durcit et même les musulmans souffrent!», affirme Sarah.

Exil forcé
Après un an de «coopération» avec le gouvernement et après avoir connu l’emprisonnement, Sarah a quitté l’Iran pour la Suisse. Un choix qu’elle a fait pour elle mais aussi pour sa famille, contre qui le gouvernement l’utilisait comme instrument de pression.
A l’heure actuelle, elle est en sécurité. Mais il lui a fallu trois ans pour cesser de se sentir traquée. Aujourd'hui encore, elle s'efforce de tout faire avec une sécurité maximale: appeler ses parents, envoyer des mails et des informations écrites, se déplacer, etc. Tout est écouté, lu et su par le gouvernement iranien. «Mes parents sont sous pression, mais ils vont bien, car ils comptent sur Dieu et ses promesses.»

Claire Bernole

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