Il a aussi besoin de temps en famille

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Qu’ils le sachent ou non, il est bon que les enfants, même ados, passent du temps en famille. Reste à savoir quels sont leurs besoins profonds et comment rendre ces temps bénéfiques. Entretien avec Loriane Collomb (photo), qui gère les ressources humaines dans une crèche. Découvrez sur ce site les autres articles de notre dossier consacré au temps passé en famille.

Pourquoi tous les enfants n’ont-ils pas la même demande de temps en famille?
Les besoins de l’enfant peuvent varier selon l’âge de l’enfant, mais aussi selon le caractère de chacun. Chez nous, notre fils aîné recherche davantage le temps seul avec moi ou mon mari, ou même les deux. Et notre fils cadet, bientôt sept ans, pourrait se satisfaire du temps qu’il partage avec ses frères et sœurs.

Faut-il différencier le temps seul avec un enfant du temps avec toute la famille?
Oui. Les temps en famille permettent de créer une identité familiale, de développer les relations et de construire ensemble. Durant ces moments, c’est un défi de trouver des activités qui font l’unanimité.
Les temps en tête-à-tête d’un enfant avec un parent sont importants eux aussi. Il s’agit d’adapter et de centrer le besoin de l’enfant avec lequel on partage de moment. Distinguer le «langage d’amour» de chacun - temps de qualité, cadeaux, paroles valorisantes, services rendus, toucher - est un raccourci dans nos temps privilégiés avec eux, pour répondre au plus proche de leurs besoins.
La famille est une microsociété, et nous devons tous apprendre à vivre au mieux ensemble. Pour permettre cette cohésion familiale, l’équilibre entre le temps passé seul avec chaque enfant et le temps passé ensemble, dans le respect de nos différences, favorisera le sentiment d’appartenance familiale. Ce dernier se vivra mieux si chacun y trouve sa place, sans jalousie, dans un climat où les enfants peuvent apprendre le respect de leurs différences, et des nôtres.

Quelles activités entreprendre avec les enfants pendant ces moments en famille pour répondre à leurs besoins?
Cela varie selon l’âge et les moments de la journée, ou même de l’année. Mais on peut dire que le moment du coucher est important, de même que les devoirs ou le fait d’aller les soutenir et les regarder lors d’entraînements sportifs ou de compétitions. A cela s’ajoute le temps passé avec la fratrie. Sans oublier les temps récréatifs : sport, nature, activités musicales ou créatrices manuelles, etc. Nous essayons aussi de verbaliser le temps en famille : dire que nous avons ces moments ensemble plutôt que les considérer comme acquis permet d’y donner de l’importance.
Chaque enfant peut aussi proposer quelque chose à faire, une activité qui lui ferait plaisir. Il faut alors veiller à garder une équité, pour ne pas toujours seulement choisir ce que l’un d’eux propose. Chez nous, nous organisons un tirage au sort pour définir qui choisit l’activité, par exemple de la semaine suivante. Et on le fait à tour de rôle. Des activités comme les vacances peuvent s’organiser «en équipe».

Faut-il obliger les enfants moins motivés par les temps de famille à y prendre part?
La plupart des adolescents prennent de la distance et demandent d’eux-mêmes moins de temps avec les parents ; c’est normal, ils apprennent à devenir des adultes qui seront un jour indépendants. Mais il est important de conserver des moments seul à seul avec l’adolescent, de continuer à l’intégrer dans des temps de qualité en famille. Bref, il s’agit de maintenir la relation, tout en montrant l’évolution de celle-ci ; de renforcer dans le dialogue les qualités de l’ado et de vivre des temps de complicité avec lui. Il a besoin de se sentir compris et rejoint dans son désir de liberté. Le parent pourra chercher les bons compromis pour lui permettre de prendre encore part à certaines activités familiales. Les face-à-face avec lui sont peut-être plus espacés, mais peuvent se révéler encore plus profonds et privilégiés.
Le parent a l’avantage de voir plus loin que l’enfant, de comprendre que de tels moments sont bons pour lui. Il peut lui en parler, lui expliquer qu’il en ressort enrichi.

Propos recueillis par René Progin

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