Chasse aux trésors

La chronique de Myriam Demierre, comédienne, auteur des one-woman-shows «L’école des mères» et «O temps des mères»

Il y a deux moments à bannir pour les achats : le rayon jouets la veille de Noël et le rayon papeterie le mercredi de la rentrée. Toutes les mères le savent. Celles qui ne le savent pas, ce sont les enseignantes. Sinon, elles enverraient leur liste d’achats pendant les vacances, ce qui permettrait aux mères d’avoir un délai convenable pour leur chasse au trésor, à savoir cette année : une paire de pantoufles de rythmique noires pointure 35 (épuisées : tous les enfants portent du 35 cette année, et mon fils n’a pas voulu entendre parler d’une paire blanche : «Mais maman, ça fait fille !»), une cassette audio (j’ignorais que ce genre d’article se vendait encore), des pochettes en plastique de 8x5cm pour ranger les cartes de voc d’allemand (après avoir découvert des magasins dont je ne soupçonnais pas l’existence, j’en ai conclu que cet article n’existait que dans l’imagination fertile de la maîtresse de mon fils).
Ayant réuni presque tous les objets (ou y ayant définitivement renoncé), nous sommes passés au supermarché pour acheter un bon repas bien mérité, censé nous remettre de nos émotions. Au moment de repartir, mon fils me dit : «Et le compas?». Mais lequel? «Ben j’ai perdu mon compas avant les vacances, il faut en racheter un !». Après avoir fusillé junior du regard, retour au rayon papeterie, où la population semblait encore plus nombreuse que tout à l’heure, et toujours aussi peu variée : que des mères hystériques, avec leur progéniture qui courait dans tous les sens. Nous nous sommes posés, mes quatre sacs et moi-même, un peu à l’écart, et j’ai dit à junior : «Va le chercher toi-même, ton compas, moi je sature.»
C’est là qu’une dame m’interpelle : «Excusez-moi, c’est bien vous qui avez fait un spectacle sur l’école?». S’ensuit une conversation complice et sympathique, jusqu’à ce que junior revienne avec son compas. Passage à la caisse. Enfin, nous pouvons rentrer ! Et là, catastrophe : la salade humide a eu raison de mon sac en papier et le contenu entier se retrouve à terre, en plein passage ! Alors que je suis fébrilement en train de ramasser mes carottes et mes citrons, j’entends une voix qui me dit : «Vous avez besoin d’un sac?». Ma spectatrice est là, qui me tend un sac bien solide, avec un grand sourire. Même en enfer, il y a des anges !

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