Nom de code: Opération cambodge

image: Nom de code: Opération cambodge
© Alliance Presse

Marc, Fabienne et leurs trois enfants ont tout quitté pendant trois mois pour vivre une aventure familiale peu commune au bout du monde. Personne n’est rentré indemne.

«Nous voulions que nos enfants puissent s’ouvrir l’esprit, sortir de la Suisse, voir comment d’autres personnes vivent à l’autre bout de la planète, voir aussi autre chose que leurs marques habituelles de smartphones et d’habits. Dans leur école, il est souvent difficile de sortir de cet état d’esprit matérialiste». Pour Marc et Fabienne, l’idée de partir au Cambodge pendant trois mois allait bien au-delà du simple voyage touristique. Ils s’étaient déjà rendus une dizaine de jours en Inde avec Théo (15 ans), Alice (13 ans) et Nils (12 ans), mais cette fois-ci, c’était encore plus sérieux ! Assez sérieux pour que Marc se démène afin d’obtenir un congé sabbatique et pour que les enfants se retrouvent dans une école anglophone, à des années-lumière de leurs repères et de leur zone de confort. L’idée, c’était aussi que les parents se rendent utiles auprès du centre de l’organisation humanitaire Partage la Vie (photo en bas à droite).
Une décision prise à l’unanimité, cette idée de voyage? «On n’a pas eu le choix, ça m’embêtait de partir», confesse Nils. Son grand frère n’a pas non plus manifesté un enthousiasme délirant : «J’étais pas chaud». Alice, par contre, a tout d’une petite aventurière : «Je me réjouissais de vivre quelque chose de différent.»

Tous sur un pied d’égalité
Une fois sur place, toute la famille s’est finalement plutôt bien adaptée. «Nos enfants se sont révélés d’une flexibilité à toute épreuve !», glisse Fabienne. Son mari ne peut qu’abonder dans le même sens : «J’ai été bluffé. Je n’ai pas l’impression qu’à leur âge j’aurais été capable de nouer de tels contacts et de communiquer aussi vite en anglais.»
Alice, en particulier, a progressé à une vitesse impressionnante dans son apprentissage de la langue de Shakespeare. «Je me suis aussi fait de nouvelles amies». Théo était également comme un poisson dans l’eau, ou plutôt comme un dromadaire dans le désert. Bref, dans son élément : «J’ai surtout aimé la chaleur, l’ambiance des rues et le tuk-tuk». Entendez par là les petites motos khmères, qui tirent un chariot en guise de taxi. Au mot «tuk-tuk», le visage de Nils - qui a passablement cravaché avec l’école en anglais et qui, de l’aveu de ses parents, a mis plus de temps à s’acclimater - semble s’illuminer : «Je trouvais drôle ! Le chauffeur ne parlait que le khmer, mais on arrivait quand même à lui faire comprendre des choses. Et pourtant, le khmer, c’est compliqué !». Les trois enfants ont noué des contacts très forts avec ledit chauffeur (photo ci-dessous), si bien que les adieux ont réellement été déchirants. «Les Khmers montrent très rarement leurs émotions. Et pourtant, cet homme avait les larmes aux yeux. C’est dire !», se souvient Marc.
Toute la famille a rapporté dans ses valises une ribambelle de souvenirs mémorables. Préparer le voyage ensemble, passer par Dubaï et Bangkok, survoler le Cambodge en petit avion de ligne : les Helvètes se sont immergés dans un monde qui leur était totalement inconnu. «Et tout le monde découvrait ensemble. Nos parents n’étaient pas en train de nous dire : “Tu verras, au prochain virage on verra telle ou telle chose”», racontent Théo, Alice et Nils.

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Plus de temps en famille
Et forcément, les liens familiaux ont été consolidés durant ce périple, pour la plus grande joie de Marc : «Nous avons passé nettement plus de temps ensemble que d’habitude. Rien que le fait de dormir tous dans la même chambre ! C’était trop chouette de voir autant nos enfants ! ça resserre les liens». Nils a remarqué que les discussions portaient sur «des sujets nouveaux». De son côté, Théo a, lui, constaté que la solidarité était davantage présente pour s’entraider, se donner des coups de main. «C’est ensemble que nous avons fait face aux difficultés et essayé de les résoudre», acquiesce Fabienne. Le couple aussi a pu faire le plein de vitamines conjugales : «Nous avions beaucoup de temps et nous avons passé des heures ensemble en vélo, à discuter», raconte Marc.
Quant à la leçon de sensibilisation à la pauvreté et aux conditions de vie difficiles, elle a été reçue cinq sur cinq par les trois jeunes gens. D’emblée, Nils prend la parole : «Nous avons compris que nous sommes chanceux. Les enfants, là-bas, sont employés par leurs parents, ils doivent même parfois aller fouiller dans les déchets. Peu d’entre eux ont la chance d’aller à l’école, et certains parents sont accros au jeu». La dépendance à l’alcool, les dettes, l’infidélité : bien des maux rongent plusieurs familles cambodgiennes. «En voyant tout cela, on se disait que c’est injuste», se souvient Alice. Alors quand on demande aux trois ados s’ils se sentent privilégiés d’avoir une famille comme la leur, les trois s’exclament «oui». Sans hésiter. Et pourtant, soupire Marc, «j’ai été étonné de voir comme nous sommes vite retournés à nos habitudes occidentales...»
Même si aucun nouveau voyage de ce type n’est pour l’heure programmé, Marc rappelle que la vie de famille continue. Même en Suisse ! «Nous sommes toujours partis de l’idée que nos enfants sont là pour un temps et qu’il faut en profiter». Et pour ça, pas besoin de partir au Cambodge ! Les tours en vélo, les virées au McDo, les camps musicaux ou les marches en famille, c’est déjà tout bénef ! Et ils ont maintenant en commun un souvenir formidable qui, comme ils le soulignent, a été «fort pour l’identité familiale».

Jérémie Cavin

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