«Non, pas question, Je ne m’excuserai pas»

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Il est bon que nos enfants apprennent à s’excuser lorsqu’ils ont commis des erreurs. Mais inculquer cette valeur nécessite aussi certains «sacrifices» de la part des parents, notamment celui d’avoir soi-même l’humilité de demander parfois pardon.

Zoé (4 ans) a une chose en tête : jouer avec la jolie voiture rouge de Bastien (3 ans), que celui-ci est bien déterminé à défendre. Devant le refus de son petit frère de partager son précieux bien, Zoé frappe Bastien. Abasourdi, Bastien laisse la voiture rouge, dont Zoé s’empare rapidement avant de disparaître dans sa chambre avec son butin. Bastien, assis par terre, éclate en sanglots.
Rachel, la maman, a observé la dispute. Elle sait ce qui s’est passé et exige que Zoé rende la voiture à Bastien et qu’elle s’excuse, lui expliquant qu’elle a fait mal à son frère. Mais Zoé est têtue. Elle ne voit pas les choses ainsi, persuadée que c’est de la faute à son frère. Après tout, il n’a pas voulu lui donner la voiture avec laquelle elle désirait aussi jouer une fois. Rachel insiste, essayant de convaincre sa fille en douceur, mais Zoé se met à pleurer et se présente comme celle qui a été lésée.

Des excuses sincères?
Que peut faire Rachel? Le mieux est d’attendre, tout simplement. Elle peut évidemment donner à Bastien la voiture rouge, si Zoé n’en est pas capable. Elle peut aussi éloigner Zoé de Bastien en punition de son mauvais comportement, lui dire qu’elle pourra jouer avec son frère quand elle aura arrangé les choses, lui faire prendre conscience des conséquences de ses actes. Par contre, ce n’est pas de son ressort de forcer sa fille à présenter des excuses. Et Rachel ne devrait d’ailleurs pas insister dans ce sens.
Un autre enfant que Zoé se serait peut-être excusé afin d’être de nouveau «en paix» et «en ordre» avec sa maman. Cependant, sous cet angle, le comportement de Zoé est plus authentique : elle ne veut pas s’excuser et ne le fait pas. Présenter des excuses est intimement lié à la connaissance que l’on a de soi-même. Si un enfant n’a pas encore atteint ce stade, il ne peut pas vraiment s’excuser.

Plusieurs degrés
Présenter des excuses revêt plusieurs visages. On connaît le mot «désolé», prononcé par celui qui bouscule involontairement une autre personne ou qui lui coupe la parole. C’est une formule de politesse, et c’est en tant que telle que les parents devraient l’apprendre à leurs enfants, comme les termes «s’il vous plaît» et «merci».
Présenter des excuses, comme dans la situation précédente, va plus loin et est à mettre en lien avec le pardon. Le petit Bastien devrait pouvoir pardonner à sa sœur, en cas d’excuses «réussies». Mais on peut légitimement douter qu’il en soit capable du haut de ses trois ans...

Montrer le bon exemple
Si donc les parents veulent que leurs enfants apprennent à s’excuser, ils doivent l’illustrer. Ils doivent montrer eux-mêmes à leurs enfants comment fonctionnent les excuses et le pardon. Tout un programme ! Ce n’est pas facile, puisque les parents tentent généralement de résoudre leurs conflits hors de la présence des enfants. Pourtant, à partir du moment où les enfants ont remarqué un désaccord entre les parents ou avec d’autres personnes, il est important qu’ils puissent aussi être témoins de la manière dont la situation est résolue. Et cela peut se faire sous la forme d’une explication rétrospective : «Tu as entendu que j’ai eu un conflit avec notre propriétaire, hier. Je suis sorti de mes gonds. Le soir, je lui ai téléphoné et je me suis excusé. Maintenant, tout est en ordre». Les enfants assimileront aussi mieux la leçon du pardon si leurs parents sont en paix et réconciliés avec leurs propres parents.

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Quand les esprits se calment
Parfois, les enfants sont capables de prendre eux-mêmes les choses en main pour se réconcilier, sans que les parents s’en mêlent. Un jour, par exemple, Lucas (10 ans) et Jonas (8 ans) s’empoignent violemment dans la chambre de l’un d’eux. Quand leur père, Frédéric, fait son entrée, les deux garçons sont en train d’en venir aux poings. Il sépare les bagarreurs, tandis que chacun affirme : «C’est lui qui a commencé !» et désigne l’autre. Par expérience, Frédéric sait que discuter serait inutile. Il les éloigne donc l’un de l’autre et les envoie chacun dans leur chambre. Lorsqu’il revient une heure plus tard pour les voir, il les trouve ensemble dans la chambre du plus jeune en train de jouer paisiblement aux cartes. Comme si rien ne s’était passé. Cet exemple montre qu’il est important pour les parents de parfois se retirer et confier aux enfants la réconciliation.
Pour aller plus loin, le livre Vilain bouc ! Sale canard ! Une histoire de dispute et de réconciliation (éd. Lipokili), d’Isabel Abedi, est aussi une bonne aide pour les parents.

S’excuser auprès de ses enfants
Pour inculquer une culture des excuses dans la famille, il est important que les parents demandent eux-mêmes pardon à leurs enfants. Quand et comment? Les avis divergent sur ce point. Certains parents se sentent responsables de s’excuser pour un oui ou pour un non. A l’autre extrême, certains craignent que leurs enfants découvrent qu’ils sont imparfaits s’ils montrent leurs erreurs. Les parents devraient trouver eux-mêmes un juste milieu et s’excuser lorsque c’est vraiment approprié, en se souvenant que les excuses ont souvent des conséquences positives.
Petite mise en situation : Max (12 ans), le fils de Lisa, laisse volontiers traîner ses affaires n’importe où. Il ne se limite pas à sa chambre, mais envahit aussi le salon. Un jour, alors qu’il vient d’«oublier» ses vêtements de sport au salon, Lisa, agacée, veut lui faire comprendre la leçon une fois pour toutes. Puisqu’elle est justement en train de faire des rangements, elle décide de ramasser les vêtements de son fils et de les jeter dans le conteneur de vieux vêtements. Mais lorsque Max, perplexe, se met à angoisser parce qu’il ne retrouve plus ses habits de sport, Lisa se rend compte que son action a dépassé le but recherché et lui présente des excuses. Max est encore un peu énervé, mais tout finit par rentrer dans l’ordre, en particulier lorsque Lisa lui achète de nouveaux vêtements de sport.
Dans un tel cas, présenter des excuses est tout à fait approprié. Si par contre Lisa avait simplement déplacé et rangé les vêtements de Max, s’excuser aurait été contreproductif, puisque c’est la négligence de Max qui aurait conduit à ce geste, par ailleurs anodin.

Expérimenter le pardon
Il est évidemment désagréable, pour des parents, de devoir présenter des excuses à leurs enfants. Qui s’excuse se soumet à l’autre et doit compter sur des réactions incommodes. Il en est de même chez les enfants. Souvent, ils ne présentent pas d’excuses, parce qu’ils craignent la colère des parents. Toutefois, en tant que parents nous devons montrer à nos enfants que présenter des excuses aide l’autre à me pardonner. Il est important que nous acceptions les excuses de nos enfants et que nous ne gardions pas rancune de leurs erreurs. Si l’enfant est désolé d’avoir cassé un vase, cela ne va pas réparer le vase, mais un «Tu aurais dû...» n’apporte rien non plus.
D’un côté, il y a les excuses ; de l’autre, le pardon. Il est essentiel que les enfants fassent l’expérience d’être pardonnés. Il leur sera alors plus facile de présenter des excuses. Et c’est là un élément-clé de notre éducation.

Ingrid Neufeld est éducatrice

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