Relations réelles ou virtuelles?

image: Relations réelles ou virtuelles?
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A l’ère des nouveaux médias, les relations entre ados ont pris un autre visage.

Les nouveaux moyens technologiques, notamment les réseaux sociaux, ont révolutionné la façon dont les jeunes communiquent entre eux. Pour la conseillère familiale Marie-Noëlle Yoder, ces nouvelles possibilités donnent une position de «petit dieu» : «Toutes les personnes que le jeune connaît sont à la portée de ses doigts. Il peut zapper ce qui ne l’intéresse pas, demander quelqu’un en “ami” ou bien le virer, approuver ou désapprouver quelqu’un avec un “j’aime”.»

Une fausse image de soi
Ce changement de donne n’est pas sans potentielles conséquences sur la vie affective du jeune. La conseillère familiale évoque la construction de l’identité : «Alors que le but de l’adolescence est de trouver une juste image de soi et de sa valeur, les réseaux sociaux peuvent déstabiliser les jeunes fragiles». Mes amis vont-ils «aimer» ma photo? Combien de clics vais-je obtenir? En effet, des messages tels que «Clique si tu penses que je suis beau, si tu es mon ami» circulent entre jeunes. «La quête frénétique d’être aimé devient alors un piège où le jeune a l’impression d’être réévalué à chaque publication», analyse la conseillère. Parfois aussi, les commentaires positifs des réseaux sociaux affermiront son identité. Si les parents en sont conscients, ils pourront montrer à leur ado que sa valeur objective ne dépend pas du regard subjectif et changeant que ses amis virtuels portent sur lui, en fonction de ses posts peut-être publiés sans guère de réflexion préalable.
Autre défi, celui de gérer son image publique. Une bonne règle pour évaluer ce qu’on peut publier ou non est de se demander si l’on serait prêt à porter cette affirmation/cette photo sur un T-shirt. Ou à dire la même phrase en face de la personne. «Il faut aussi se rendre compte que notre image publique peut être consultée par d’autres. Un employeur n’hésitera pas à faire un tour sur le compte d’un candidat, ce qui peut jouer en la défaveur du jeune si l’image donnée est négative». Sensibilisons-le : assume-t-il, dans le terre à terre du quotidien, ce qu’il dit ou fait dans le monde virtuel?

Relations plus complexes
La nouvelle génération est-elle moins armée face aux différences interpersonnelles? C’est le sentiment de la conseillère familiale : «Contrairement au contact direct où l’on doit apprendre à composer avec ceux qui ne nous ressemblent pas, il est possible de se créer un monde virtuel dont on choisit les membres. La frontière entre “notre groupe” et les autres semblent encore plus étanche». Cela renforce l’idée que l’on peut disposer de l’autre à notre guise et s’en débarrasser s’il ne convient plus. De plus, les relations deviennent plus intenses, plus émotionnelles. «Les déclarations d’amour, d’affection et de loyauté fusent sur les réseaux sociaux. Les jeunes exposent davantage leurs sentiments, prenant le risque d’être blessés. Même si cela exprime aussi une générosité de cœur qui fait du bien à leur groupe». Par ailleurs, alors qu’une situation peut être lourde à porter, il s’agit encore de soutenir le regard et les remarques de tous les autres «amis» ou «suiveurs». Le jeune doit donc aussi prendre conscience de ses émotions dans des situations particulières : «Est-ce que j’apprécie qu’on me rejette? Qu’on dévoile un de mes secrets? Qu’on publie une photo de moi sans mon avis?»
Marie-Noëlle Yoder encourage enfin les parents à amener leur ado non pas à renoncer à ses relations virtuelles, mais à les transposer aussi dans la vraie vie. Il s’agit de favoriser les expériences où il devra se confronter à la différence, à la réalité de ce qu’il est et de ce que sont les autres. Est-il prêt à vérifier, «en direct», que ce qu’il a publié ou reçu via Whatsapp ou Instagram est aussi valable dans les relations entre quatre yeux? A approfondir et assumer ses amitiés?

Sandrine Roulet

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