Quand il se distancie de vos valeurs

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Vraie ou fausse culpabilité?

Face à ce problème, beaucoup de parents se sentent coupables de n’avoir pas su inculquer la foi à leurs enfants et pensent être de «mauvais parents». Virginie Reichel différencie la vraie et la fausse culpabilité.
Si un enfant devenu jeune adulte renie toute foi en Dieu, il est légitime pour les parents de se poser de bonnes questions. Avons-nous été trop rigides ou trop autoritaires ? Avons-nous cherché à lui imposer la foi à une période de sa vie où il ne fallait plus adopter cette façon de faire ? Est-ce que certains de nos engagements à l’Eglise lui ont fait du tort parce que nous n’avons pas eu assez de temps pour lui ? Si, en réfléchissant, les parents se rendent compte de certaines de leurs erreurs, ils peuvent demander pardon à Dieu, s’excuser auprès de leur enfant et prendre un nouveau départ.
Si l’on pense que le rejet de la foi n’est pas lié à l’éducation, il s’agit de confier sa tristesse à Dieu et de refuser toute forme de culpabilité. Virginie Reichel a l’impression que, selon la Bible, Dieu nous laisse toujours libres de faire des choix. Alors pour être cohérente, elle refuse d’imposer à tout prix la foi à ses enfants et gère la culpabilité en se disant : «C’est, à tout moment le choix de l’enfant s’il rejette la pensée de Dieu ou la relation avec lui.»
Il s’agit de comprendre à partir de quel moment l’enfant est responsable de sa propre décision. «Si l’on impose nos valeurs de façon rigide, cela pousse l’enfant à être de plus en plus réactif. Tout ce qui est cassant dans notre façon de communiquer va empirer le rejet de la foi et peut même engendrer le rejet des parents», conclut Virginie Reichel.

Pas facile pour des parents de constater que leurs enfants ne suivent pas les valeurs qu’ils leur ont inculquées. Quelques pistes si vous êtes dans cette situation.

Tous les dimanches, c’est pareil ! Votre enfant fait des pieds et des mains pour ne pas vous accompagner à l’Eglise. Avant le repas familial, il fait la moue quand vous lui proposez de prier. La dernière star à la mode est son modèle et Jésus ne l’intéresse plus. Votre verdict est tombé : mon enfant rejette la foi chrétienne. Que faire ?

Adapter la transmission
Virginie Reichel, conseillère conjugale à Antenne Couples, différencie le rejet de la foi du rejet de la transmission de la foi. Petit, l’enfant rejetterait la méthode de transmission des parents plutôt que la foi en elle-même. Elle conseille aux parents qui sont dans ce cas de réfléchir à la manière dont ils parlent de leurs valeurs, afin de la rendre plus adaptée et plus plaisante pour l’enfant.

Privilégier le dialogue
Si vous considérez que votre manière de transmettre la foi est adaptée, l’idée est d’accompagner l’enfant avec le plus de dialogue possible, en essayant de comprendre pourquoi il n’aime pas ces moments de spiritualité. Placez-vous plutôt en position «basse», c’est-à-dire en favorisant le dialogue, l’ouverture, la compréhension et la douceur, plutôt qu’en position d’autorité. Demandez-lui par exemple : «Qu’est ce que tu n’aimes pas ? Comment vois-tu Dieu ?»
Il est important que l’attitude des parents soit cohérente. Si nous lui disons : «Dieu est un Dieu qui t’aime» tout en lui imposant de façon autoritaire et cassante des choses en lien avec la foi, nous nous trompons de méthode. Jean-Luc Emery, responsable jeunesse à la Ligue pour la lecture de la Bible Suisse, invite à ne pas inculquer une foi idéaliste. «Un partage authentique, qui reconnaît la distance entre ce que nous souhaiterions vivre et la réalité, peut aussi aider le jeune dans son chemin de foi». De même que de témoigner de ce que Dieu fait dans notre propre vie.

S’interroger sur ce qui aurait pu le blesser
«Y a-t-il quelque chose ou quelqu’un qui t’a heurté ?». Il est nécessaire de comprendre ce qui ne va pas pour l’enfant qui «rejette la foi», explique Virginie Reichel. Demandons-lui si quelque chose ne s’est pas bien passé dans un groupe où la foi est au centre, par exemple dans le cadre du scoutisme, d’un camp chrétien, de l’école du dimanche, etc., ou s’il y a eu une moquerie ou une parole trop stricte et tranchante.

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Distinguer l’essentiel du secondaire
«Il vaut mieux ne pas insister plutôt qu’imposer», conseille Virginie Reichel. A partir d’un certain âge, au moment de la préadolescence, les parents peuvent imaginer un seuil de tolérance. Par exemple, si l’enfant est indisposé à participer à la prière du repas, les parents peuvent admettre que l’enfant ne vienne qu’après la prière. Idem pour l’Eglise. A partir du moment où leurs enfants pouvaient rester seuls à la maison (vers 9 ou 10 ans), Virginie Reichel et son mari ont arrêté de leur imposer d’aller à l’Eglise. A leurs yeux, il est primordial de respecter le choix de l’enfant tout en veillant à ne pas le mettre en porte-à-faux avec ses frères et sœurs, ni à créer une tension dans la famille.
Auteurs de Nés dans une famille chrétienne (éd. Ourania), David Niederseer et Günter Neumayer précisent que c’est par une saine confrontation avec ses camarades que l’enfant parviendra à ses propres convictions. Rejeter en bloc «sa» musique ou «ses» films sera donc contre-productif. Ses loisirs et ses goûts sont plutôt un tremplin pour aborder des sujets de fond avec ses copains.

Rester confiants
«Le plus important est de prier pour son enfant», note Paul Marsh, de Ressources pour la famille. Même si ce n’est pas une garantie de résultat, un parent est appelé à parler de son enfant à Dieu avant de parler de Dieu à son enfant. Il n’est pas question ici de démissionner, mais d’avoir confiance en Dieu. «Notre devoir ? Etre des parents fidèles, nous mettre au travail, enseigner à nos enfants à suivre Dieu, cultiver l’amour, la foi et la persévérance. Mais rappelons-nous en même temps qu’en tant que parents imparfaits, nous ne produirons jamais d’enfants parfaits. Restons humbles face à nos limites», encourage Leslie Leyland Fields, auteure d’un ouvrage sur la parentalité.
Aumônier et pasteur, Richard Fosserat est père de quatre enfants adultes, pas tous engagés dans la foi. Pour lui, la patience de Dieu envers son peuple est un modèle pour les parents : «Restons confiants dans la capacité de Dieu à rencontrer nos enfants et à les convaincre. Lui seul a accès au cœur.»

Anne-Charlotte Mancebo et Sandrine Roulet

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