Ils ont fui les bombes mais n’ont pas trouvé l’espoir

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© Alliance Presse

Des millions de réfugiés syriens ont fui pour le Liban, où ils vivent dans des campements de fortune. Parmi eux, de nombreux adolescents. Heureusement, les organisations humanitaires leur viennent en aide, et il n’y pas d’âge pour s’engager dans ces activités qui apportent de l’espoir. Reportage sur place.

Dormir et vivre à treize personnes dans une même tente? Sur le principe, ça peut être sympa si on souhaite partir quelques jours à l’aventure avec des copains pour s’amuser un peu. Mais pour Mohamad (22 ans), la vie sous tente dure depuis… cinq ans! Il est réfugié. Et son quotidien n’a rien d’amusant. Quand la guerre a éclaté en Syrie, le jeune homme a pris son baluchon pour fuir les bombes. Il a traversé la frontière jusqu’au Liban et s’est installé avec sa famille en espérant que son exil ne durerait pas longtemps. Mais la situation s’est éternisée. Aujourd’hui, il continue d’habiter dans une tente avec ses parents, ses trois frères, leurs épouses et leurs enfants.

Une hospitalité exemplaire
Ce logement, installé par des organisations humanitaires dont Medair, est devenu leur logement, avec son propre cachet. Un beau tapis recouvre le sol de la pièce principale, des matelas ont été posés par terre en guise de canapés. Les portes ont été décorées et une TV trône dans un coin. Le mieux installé de tous, c’est un bébé de quelques mois, qui dort paisiblement dans un joli petit lit. Sa maman, qui pourrait avoir ton âge, quitte de temps en temps la pièce aménagée en cuisine pour voir si tout va bien.
L’hospitalité de Mohamad et de sa famille est à l’image de celle que l’on rencontre au Moyen-Orient: chaleureuse. On nous sert le thé et on se met à discuter. L’ambiance est détendue, ce qui tranche avec l’histoire douloureuse de cette famille.

Son cousin a été kidnappé
Mohamad raconte: «Les choses ont commencé à mal tourner quand des proches ont été kidnappés ou tués. Alors qu’il rentrait de l’école, un cousin s’est fait enlever par quatre hommes. Ils ont téléphoné pour demander une rançon de 100'000 dollars. Un montant impossible à payer! Un jour, il a réussi à s’enfuir. Il a marché six heures, puis a appelé la famille. Aujourd’hui, il a pu rejoindre l’Allemagne». On peut imaginer combien une telle histoire doit être traumatisante pour une famille! Et cela n’a rien d’inhabituel: la fuite et la peur, la mort d’un proche, les bombes et la destruction des maisons et des villes, c’est le lot de millions de Syriens, parmi lesquels de très nombreux adolescents.

Pas de perspectives d’avenir
Installés par milliers dans des tentes de fortune au Liban, leur activité principale est la même tous les jours: attendre! Sans visa, ils attendent qu’on leur confie un petit boulot illégal, par exemple un peu de peinture ou de construction. «Ici, je me sens en prison», soupire Mohamad, qui a fait des études universitaires d’ingénieur. Il se met à penser toujours plus sérieusement à partir pour l’Allemagne, dont il pense que c’est «le paradis sur terre». Son espoir le plus grand, ce serait que la situation s’améliore en Syrie, mais il n’y croit pas vraiment. Les infos télévisées et les nouvelles qu’il reçoit de ceux qui vivent encore là-bas sont peu réjouissantes…

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Une certaine lassitude
Dans un autre campement, Brahim (22 ans lui aussi) est dans une situation similaire. Le visage plus fermé que Mohamad, il a l’air de porter le poids de son quotidien sans espoir sur ses épaules. Il zone un peu dans le campement, discute avec des potes réfugiés, attend que le temps passe, sort une clope. «C’est très difficile d’être un jeune réfugié, parce qu’il n’y a pas de travail». Pas moyen donc de changer d’air et de voir autre chose que les poubelles débordantes de ce campement et de sentir autre chose que les odeurs des toilettes.

La lumière au sein des ténèbres
Alors quand des «touristes» comme nous débarquent ou qu’il se passe quelque chose d’un peu inhabituel, tout le monde est en effervescence. A quelques kilomètres de là, dans un autre campement, les enfants courent dans tous les sens, heureux de cette agitation inespérée. Deux adolescentes, d’abord un peu méfiantes et pas très motivées d’être prises en photo, ne nous lâchent finalement plus et prennent la pose. Mais ce qui réjouit aussi tout ce beau monde, c’est quand des équipiers de Medair ou d’autres ONG arrivent pour apporter du matériel de construction de tentes, des graviers pour empêcher le sol d’être inondé par la boue, etc.

Des jeunes qui apportent de l’espoir aux jeunes
Au cœur de cette situation désolante, c’est là l’aspect le plus réjouissant: des centaines de personnes s’engagent pour améliorer les conditions de vie de ces réfugiés et leur apporter de l’espoir. Parmi eux, de très nombreux jeunes, à l’image de Hiba, une Libanaise qui ne semble jamais abandonner son sourire et son enthousiasme à aider ses voisins syriens. «J’ai voulu m’engager pour Medair quand j’ai vu toute la misère des réfugiés. Un jour, un ami m’a dit qu’il avait vu deux vieillards syriens dormir dans des poubelles pour se tenir au chaud. C’en était trop!». Là, son sourire disparaît quelques instants: «D’un point de vue humain, cela n’a aucun sens de se dire que les réfugiés syriens traversent de telles souffrances. Je me dis que cela pourrait être moi. Je repense encore à ce garçon de douze ans qui n’a pas de jambes.»
Bethany, 28 ans, s’est engagée avec Medair pour aider son prochain: «Je crois à ces valeurs humanitaires de donner de l’aide sans distinction: construire des ponts, contribuer à la paix, voir et faire des choses concrètes». Pour Bethany, tous ces réfugiés sont en prison: «Alors les aider, c’est répondre à cet ordre de Jésus de visiter les prisonniers!»

Jérémie Cavin

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