A 25 ans, elle veut révolutionner le sport dans son pays

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© Alliance Presse

Tu ne verras pas Manal sur la ligne de départ aux JO de Rio cet été. Mais à 25 ans, cette championne libanaise en athlétisme rêve de développer une académie de sport pour les enfants moins favorisés de son pays et d'influencer la façon dont le sport est enseigné dans toutes les écoles du pays. Ambitieuse?

Manal a grandi dans une famille chrétienne dont le papa était à la fois entrepreneur et pasteur. Ils ont déménagé 21 fois et fréquenté six écoles différentes avant qu'elle n'atteigne l'âge de dix-huit ans. Et c'est dans une école de Beyrouth, où elle a étudié pour décrocher son bac, qu'elle a découvert pour la première fois une piste d'athlétisme.

«Tu seras la prochaine championne libanaise!»
Comme elle avait de la difficulté à s'intégrer, elle s'est mise à courir et à profiter d'un cours d'athlétisme proposé gratuitement aux élèves. Quelle n’a pas été sa surprise lorsque l'entraîneur lui a dit un jour: «Tu seras la prochaine championne libanaise!»
Le mois suivant, il l'a inscrite au championnat des écoles. Course après course, elle a tout remporté. A la fin de cette même année, elle était même devenue championne du Liban dans sa classe d'âge, aussi bien en cross qu’au 1000m et au 2000m. Un an plus tard, elle avait déjà battu plusieurs records libanais dans sa catégorie. «Remporter tous ces succès était grisant. Mais heureusement, Dieu m'a gardée et m'a rappelé de fixer mes yeux sur lui et de lui donner toute la gloire.»
Au cours des dix dernières années, elle ne compte même plus le nombre de titres qu'elle a remportés. Elle a été alignée Jeux arabes en 2008, avec le bronze à l'arrivée du 800m. Sur la même distance, elle a terminé septième aux Jeux de la Francophonie un an plus tard.

Mais pourquoi n'a-t-elle pas continué?
Lors d'un semestre d'études universitaires à Sciences Po à Nancy, Manal a eu la chance de pouvoir s'entraîner à l'ASPTT de la région. L'entraîneur du club lui a proposé de «prendre en mains sa carrière» et de mettre en place un programme pour développer son potentiel. Pour cela, il aurait fallu rester en France. Mais pour Manal, une brillante étudiante, sa place était au Liban. «Bien sûr, j'aurais pu m'expatrier comme de nombreux jeunes qui ont terminé leurs études. Mais j'ai compris que c'est ici que Dieu avait besoin de moi.»

De multiples engagements
Manal est aujourd'hui active dans une ONG de prévention des conflits armés et de réconciliation. Grâce à sa formation postgrade en médiation, elle met à profit ses talents et veut favoriser le vivre ensemble. Son moteur, c’est le respect du prochain.
Manal est aussi active dans une Eglise qui s'engage en faveur des réfugiés syriens. Et là où d'autres seraient fatigués à la seule évocation de ses différentes réalités, elle développe un projet d'académie sportive. Avec Christelle et Aziza, elle rêve d'élever le niveau sportif des athlètes libanais, de leur apporter un soutien pour développer leur potentiel. Cet été, elle et ses amies vont démarrer une phase test dans quelques écoles pauvres du pays. «Nous sommes sans ressource. Mais nous sommes pleines de bonne volonté pour mener à bien cet ambitieux projet». En parallèle, elle aimerait que dans son pays, les leçons de gym ne se réduisent plus à des parties de balle à deux camps! 

Christian Willi

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