«Asimbonanga»: Johnny Clegg

image: «Asimbonanga»: Johnny Clegg
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Johnny Clegg: Asimbonanga

Asimbonanga – nous ne l'avons pas vu
Nous ne voyons pas Mandela
Là où il se trouve
Là où on le retient prisonnier

Oh, la mer est froide et le ciel est gris
Regarde de l'autre côté de l'île, dans la baie
Nous sommes tous des îles jusqu'au jour
Où nous traversons la mer de flammes

Un goéland s'envole au-dessus des vagues Je rêve de briser le silence
Qui a les mots pour combler la distance qui nous sépare, toi et moi?

Steve Biko, Victoria Mxenge, Neil Aggett
Asimbonanga – nous ne les voyons pas
Nous ne voyons pas notre frère Nous ne voyons pas notre sœur
Là où ils se trouvent
Là où ils sont morts

Hé, toi ! Hé toi ! Hé toi, et toi aussi!
Quand arriverons-nous à destination?

Ces Hits entrés dans l'histoire.

Celles et ceux qui se souviennent de l’époque où l’apartheid régnait en Afrique du Sud auront appris avec un pincement de cœur le décès de Johnny Clegg en juillet dernier. Le chanteur était la figure de proue du groupe sud-africain Savuka, légendaire pour son intégration de musiciens noirs et blancs à une époque où la ségrégation était encore la norme. Asimbonanga est le principal tube du groupe, devenu un hymne de la lutte anti-apartheid par son évocation de l’emprisonnement injuste de Nelson Mandela à Robben Island, une île pénitentiaire notoire.
La chanson comporte des connotations messianiques évidentes. Mandela est retenu prisonnier sur une île lointaine qu’on peut apercevoir de l’autre côté de la baie, mais lui-même reste invisible. Biko, Mxenge et Aggett ont été assassinés pour avoir voulu libérer les prisonniers, abattre les séparations et restaurer la justice. Le sacrifice de ces héros n’a pas encore abouti aux résultats espérés. Seraient-ils morts en vain?
A vues humaines, l’horizon est sombre. «La mer est froide et le ciel est gris» et de plus, les étendues qui nous séparent de l’espoir sont enflammées. Comment traverser? «Qui a les mots pour combler la distance qui nous sépare?», chante Johnny Clegg.
Cette chanson rappelle les vieux negro spirituals où les esclaves comparaient leur asservissement avec la souffrance du monde dans son ensemble. La vie n’est supportable que dans l’espérance de la délivrance ultime que seul peut apporter Jésus-Christ, le héros si longtemps attendu.
Pour l’Afrique du Sud, la fin de l’histoire est connue: l’apartheid a été vaincu. Mais le cœur humain reste prisonnier de ses travers. Le pays est toujours gangréné par l’injustice et la violence.
Les phrases et les images de cette chanson, tout comme sa signification profonde, sont des échos d’un texte du Nouveau Testament: «Mais maintenant, en Christ-Jésus, vous qui autrefois étiez loin, vous êtes devenus proches. Car c’est lui, notre paix, lui qui, des deux, n’en a fait qu’un, en détruisant le mur de séparation.» Ces lignes sont une promesse. Nous sommes impatients d’en voir la réalisation ultime.

Jonathan Hanley

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