Bruits de récession: en tant que patron, peut-on s'y préparer?

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Yves Ettlin (photo en médaillon) a dû absorber le choc du «grounding» de Swissair en tant que directeur financier d’une de ses filiales. Il ne s’inquiète pas plus que ça de l’éventualité d’une prochaine récession mondiale. Entretien. Dossier: Entrepreneurs

Vous avez été appelé à gérer une crise aussi soudaine qu’imprévue: la mise à la terre de la compagnie aérienne suisse en 2001. En rétrospective, auriez-vous pu vous y préparer?
Lorsque c’est arrivé, j’étais déjà en place depuis cinq ans. Heureusement, nos informations financières et nos processus décisionnels étaient bien organisés. Il y avait des relations de confiance au sein de l’entreprise. C’est sûr que s’il avait fallu mettre en place ces éléments lorsque la crise est survenue, notre situation aurait été bien plus périlleuse.
Soyons clairs: on ne dirige pas une entreprise en fonction des éventualités de crises. En même temps, il faut savoir que ça peut arriver.

Gate Gourmet, votre entreprise, fournissait 40 000 repas par jour à Swissair. Du jour au lendemain, vous avez perdu 60% de votre chiffre d’affaires. Comment avez-vous réagi?
J’ai appris la nouvelle du grounding en même temps que nos collaborateurs, par les médias. Nous avons immédiatement réuni les équipes. Et grâce à la confiance mutuelle, nous avons pu échanger, prendre des décisions et traverser cette crise ensemble. Dans une telle situation, il était déterminant que les responsables de départements et les collaborateurs réalisent qu’ils n’avaient pas en face d’eux un chef distant, insaisissable, mais un interlocuteur de confiance et crédible. Les gens étaient ouverts à la solution que je préconisais et ils ont vu ma capacité à entendre leurs craintes.

Lors du Forum pour décideurs chrétiens à Fribourg, l’an dernier, vous affirmiez qu’il est plus facile de licencier du personnel lorsqu’on est croyant. En quoi la foi vous a-t-elle aidé?
Cette crise a été la première crise sérieuse que j’ai affrontée. J’ai compris que les années précédentes avaient été une préparation. Dans ce contexte, la foi n’était pas une histoire qu’on lit dans la Bible ou le témoignage d’une tierce personne. Non, c’est une expérience en live.
J’ai vu Dieu à l’œuvre lorsqu’il me fallait décider à laquelle des six séances auxquels j’étais convoqué à la même heure je devais participer.
Une fois en particulier, quatre d’entre elles ont été déplacées sans mon intervention. Et je me suis réellement senti conduit à choisir celle qui s’est ensuite révélée la plus décisive pour l’avenir de Gate Gourmet.
A d’autres moments, j’étais à l’écoute des cadres en pleurs au téléphone. La paix intérieure que j’ai reçue de Dieu m’a permis d’écouter ces collègues et de leur témoigner de ma confiance.

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Gate Gourmet s’est illustré par des décisions rapides...
C’est vrai, nous avons engagé très rapidement le processus de licenciement. Il était tentant d’attendre pour observer l’évolution de la situation. Notre réflexion a été très différente. Nous n’avions de toute façon pas le choix sur le plan économique. Par contre, une vague de chômage allait immanquablement atteindre la région de Zurich. En étant les premiers à licencier des collaborateurs, nous permettions à ces derniers d’être les premiers à postuler pour retrouver du travail.
J’ai mis en place des règles pour savoir qui garder et qui renvoyer, des règles éthiques claires, comme celle de garder au moins un des deux conjoints, lorsqu’un couple travaillait pour nous.

A-t-on parfois tendance à trop attendre avant de prendre des décisions difficiles, sous prétexte de rechercher la volonté divine?
L’être humain en général est tenté de temporiser à l’heure des décisions coûteuses. De mon côté, je crois qu’il s’agit notamment de rester attentif aux portes que Dieu ouvre ou ferme. Je me suis toujours demandé comment les dirigeants qui ne croient pas en Dieu assument leurs responsabilités.

Pour revenir aux bruits de récession actuels, une crise mondiale vous semble-t-elle vraisemblable?
La situation économique mondiale semble clairement se diriger vers une crise, mais je ne suis pas particulièrement inquiet. En effet, je pense que Dieu nous accompagne à travers ces crises.

Quels conseils donneriez-vous devant cette perspective?
Mon entourage savait que j’étais croyant lors de la crise de Swissair. Je n’ai pas dit que je cherchais la direction divine, mais j’ai cherché à agir selon mes convictions et à demander le secours de Dieu.
Les crises constituent de ce point de vue là une occasion pour montrer d’où nous tirons notre force, notre paix. J’ai reçu plusieurs réactions sur ma sérénité qui ont été autant d’occasions de témoigner de ma foi.
Sur le plan de l’entreprise, ce que nous pouvons faire, c’est de développer des relations de confiance, montrer à nos collaborateurs que nous les aimons sans arrière-pensées. Et bien sûr, c’est aussi mettre en place des structures, des méthodes pour bien gérer l’entreprise par beau comme par mauvais temps.

La crise de Swissair vous a-t-elle rendu meilleur?
Lorsque tout va bien, nous sommes tentés de tout gérer par nos propres forces et intelligence. La crise est pour nous une occasion de nous rapprocher de Dieu, de placer en lui notre confiance et de le voir à l’œuvre.

Propos recueillis par Christian Willi

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