«Une reconnaissance pour les handicapés qui remplissent un service»

image: «Une reconnaissance pour les handicapés qui remplissent un service»
© Istockphoto - DR

La Flamande Thérèse Swinters (photo en médaillon) a été distinguée par l’Alliance évangélique européenne pour son travail auprès des personnes en situation de handicap. Pour elle, il reste des efforts à fournir de la part des Eglises. Entretien. Supplément: Eglises et handicap

En tant qu’animatrice du Réseau européen des personnes handicapées, vous avez reçu en juin dernier le prix HOPE 2019 de l’Alliance évangélique européenne. Que représente cette récompense?
Je connaissais ce prix, remis chaque année, j’ai été très surprise de le recevoir. Les mots agréables qui l’accompagnaient («pour votre gentillesse envers les personnes en pleine possession de leurs moyens») m’ont profondément frappée.
J’ai toujours eu l’impression – et je pense que c’est le cas de beaucoup d’autres personnes handicapées – d’être un obstacle et un fardeau. C’était donc une bénédiction personnelle, mais plus encore: cette récompense a rendu hommage à l’ensemble du travail du Réseau européen des personnes handicapées et à tous nos partenaires – non seulement ceux qui ont à cœur notre travail, mais aussi ceux qui vivent avec toutes sortes de handicaps et tentent de réaliser quelque chose dans le Royaume de Dieu.

Quel regard souhaiteriez-vous que l'on porte sur les personnes en situation de handicap?
L’attitude envers les personnes handicapées est très souvent enracinée dans la pitié et la prévenance, or cela peut nous enfermer dans un aspect, le handicap, qui ne constitue qu’une partie de notre personnalité.
Comme les personnes et groupes de personnes sont aussi divers que les citoyens d'un pays, cette diversité se retrouvera dans les groupes de personnes handicapées et donc dans les Eglises.
On distingue cinq différents groupes: les personnes handicapées physiques – Je suis moi-même née avec un spina bifida, je ne peux pas marcher plus de 80 mètres – celles qui ont une déficience intellectuelle ou de l’apprentissage; les personnes sourdes ou malentendantes; les personnes aveugles ou malvoyantes. Il y a aussi les personnes qui ont des difficultés psychologiques.
J'aime ajouter un sixième groupe: les enfants, parents, frères et sœurs d’une famille où un membre est handicapé. Dans ce groupe, nous oublions très souvent d’autres soignants ayant des besoins spécifiques.

Les Eglises sont-elles suffisamment accueillantes envers toutes ces personnes?
Pour répondre très simplement : cela ne suffira jamais – sauf si les personnes non-handicapées acceptent davantage certaines des difficultés dans leur propre vie.
Mon idée est que les personnes handicapées se plaignent très souvent sans considérer que, dans d’autres parties du monde, les situations sont beaucoup plus difficiles. Le handicap est une chose, ne reconnaître aucun type de difficultés en est une autre. Nous n’avons pas le droit de fermer les yeux et de rester muets. Parlons!

En Eglise, on pense d'abord aux aménagements pratiques, rampes et ascenseurs, boucles magnétiques et autres endroits réservés. Quelle est la partie immergée de l’iceberg?
De telles mesures sont très importantes et simples à repérer mais souvent coûteuses à fournir. Quel intérêt portons-nous à la personne handicapée, souhaitons-nous vraiment la connaître ou nous protégeons-nous pour l’énergie que cela nous coûtera? Sommes-nous trop effrayés, peut-être paresseux?

--PAGE--

Quelle question ou défi nous lance la Bible?
Il y a beaucoup de bonnes choses dans 1 Co. 12, surtout au verset 22. «Les membres du Corps qui paraissent les plus faibles sont nécessaires.» J’insiste sur le mot «paraissent». Que faisons-nous avec les faibles ou ceux qui nous semblent faibles? Bien sûr, il n’est pas possible d’amener une personne atteinte de trisomie, avec de grosses difficultés d’élocution et de le laisser prêcher tous les dimanches. Mais comment appliquons-nous ce verset? A vous de répondre.

Les personnes handicapées souffrent-elles d’un manque de visibilité et/ou de responsabilités?
Très souvent, les personnes qui ont un intellect normal mais un handicap physique souffrent du fait d’être avant tout considérées en tant qu’handicapées et non en tant que personnes.
Celles qui sont devenues handicapées au cours de leur vie active ne peuvent en règle générale plus servir dans leurs anciennes fonctions. C’est le cas par exemple pour les moniteurs d’école du dimanche, les animateurs ou anciens, bien qu’ils en aient encore la capacité.

Comment annoncer l’Evangile aux personnes en situation de handicap?
Je vous répondrai en vous renvoyant une question: comment annoncer l’Evangile à des personnes dites «normales»? Je vois que chaque personne est différente, ainsi en est-il de chaque personne handicapée.
Pour les personnes ayant un handicap physique pur, l’adaptation et l’accessibilité de l’environnement sont nécessaires. Nous devons souvent être plus conscients de nos attitudes et de nos besoins pastoraux, mais l’Evangile est le même. Ceci est également vrai pour les personnes aveugles ou malvoyantes.
Les personnes ayant des difficultés d’apprentissage ont besoin d'un Evangile rendu accessible à leur propre niveau de compréhension. Certaines études ont établi que 70% des personnes ayant une déficience intellectuelle ou de l’apprentissage peuvent accepter Jésus, si l’Evangile leur est présenté avec un niveau de compréhension adapté. Ce niveau est différent pour chaque individu. Une personne avec un QI d’un enfant de trois ans n’est pas comme un enfant de trois ans; elle a beaucoup plus d’expérience de la vie et nous devons en tenir compte.
Dans ma propre Eglise évangélique libre, nous servons douze à seize jeunes et/ou adultes ayant des difficultés d’apprentissage en leur proposant un rendez-vous tous les mois. Une fois par mois, après le culte, nous les rencontrons et les aidons à parler et à comprendre une toute petite partie de récits des Evangiles. Cela change leur vie! Nous ne les séparons pas du culte, mais nous les encourageons à participer aux deux réunions et à s’intégrer au plus près de la vie d’Eglise.
En résumé, nous faisons ce que nous pouvons et sommes surpris de ce que Dieu fait dans les cœurs.

Propos recueillis par David Métreau

Je m'abonne à Just 4U | Achat au N° | Autres articles de ce N°