«Un privilège d’avoir œuvré pour l’Eglise persécutée»

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Michel Varton, 66 ans, directeur de Portes Ouvertes (PO) France, prend sa retraite après 36 ans au service des chrétiens persécutés. Entretien.

Quel regard portez-vous sur votre engagement de longue durée chez PO?
La première pensée qui me vient à l’esprit, c’est le vrai privilège et l’honneur de travailler chez Portes Ouvertes. C’est la mission fondée par Frère André. J’ai eu la joie de la rejoindre à l’époque où il était encore très actif à sa tête.
Quand on écrira l’histoire de l’Eglise de notre siècle dans cent ans, on parlera du réveil chinois: l’Eglise y est passée d’un demi-million à cent millions de fidèles en l’espace de cinquante ans. Quelle joie d’avoir travaillé dans une mission qui a joué un rôle important dans ce réveil!
Nous avons aussi eu un rôle dans le monde musulman, au moment où l’Eglise a commencé à y prendre sa place. Je pense aussi que pour la toute première fois depuis Gengis Khan, on a une Eglise en Asie centrale.
Je n’oublie pas non plus celle de Corée du Nord, qui a résisté et résiste encore.
Pour moi, PO a joué un rôle stratégique et dans ces manifestations du Saint-Esprit, ces œuvres nouvelles que Dieu accomplit depuis trente ou quarante ans.
Frère André a déclaré que nous étions «une mission pour la fin des temps». J’ignore si l’époque que nous vivons est bien la dernière, mais je pense que PO a été appelée pour notre époque et nous avons pu faire une différence.

Comment votre rôle a-t-il évolué au fil des années?
Au départ, PO travaillait uniquement dans les pays de l’Est, puis dans l’ensemble des pays communistes. Pendant plusieurs années, avec ma femme, nous sommes partis faire de la contrebande de Bibles. C’était mon métier, en plus de diffuser des films sur la persécution.
Quand le rideau de fer est tombé, des gens pensaient que notre mission était terminée. En fait, c’était le début. On s’est rendu compte qu’il y avait des Eglises persécutées ailleurs dans le monde, d’abord dans le monde musulman. PO est passée d’une mission de contrebande à une mission de formation pour aider les pasteurs et les chrétiens à faire face à la persécution.
Nous avons aussi réalisé que pour fortifier l’Eglise persécutée, il fallait apporter une aide humanitaire. J’ai ainsi travaillé pendant une dizaine d’années pour coordonner cela sur le plan international.
Depuis une dizaine d’années, la dernière phase de mon engagement est le plaidoyer. Cela consiste à porter le message des chrétiens persécutés aux autorités politiques, nationales et internationales telles que le Parlement européen ou les Nations Unies.

Au quotidien, vous avez été confronté pendant des années à une actualité dure, celle de la persécution. Comment avez-vous vécu cela?
Si on regarde uniquement les faits dans leur brutalité, oui, cela peut être difficile à supporter. Mais le message des chrétiens persécutés est en fait extrêmement positif. Pourquoi? Parce que Dieu est là, parce que celui qui souffre pour Jésus-Christ marche directement dans ses traces.
La persécution est une double histoire: il y a à la fois la souffrance – elle est réelle et présente – mais il y a Dieu qui est là et qui répond à la prière.
Le contact avec l’Eglise persécutée n’est pas quelque chose de négatif, qui nous mine et nous emplit de désespoir. En fait, c’est tout le contraire. Il nous encourage.
Et qu’avez-vous appris sur Dieu au cours des années?
Dieu est patient, sa grâce est suprême. Il se sert de nous, malgré le fait que nous sommes imparfaits, loin de ce que nous devrions faire ou être. J’ai toujours cherché à voir l’onction de Dieu dans tout ce que nous faisions. Parfois, on se retourne en arrière et on constate: c’était au delà de ce que nous pouvions faire, il y avait la présence de Dieu, le Saint-Esprit s’est manifesté. Voilà ce que je préfère. On se dit: «J’étais spectateur, Dieu était là.»

Et sur les chrétiens?
N’imaginons pas, nous, chrétiens occidentaux, que nous ayons quelque chose à apporter à nos frères et sœurs du Sud. Aujourd’hui, on y trouve des hommes et des femmes de Dieu qui nous dépassent en terme de connaissances, de foi, d’engagement, d’expérience, dans l’Eglise persécutée, mais également au-delà. Je ne peux qu’être rempli de respect.

Quels sont vos projets futurs?
Je suis en train de finir d’écrire un livre que j’ai intitulé Quand le père m’a envoyé, douze leçons que j’ai apprises de l’Eglise persécutée. Il sortira d’ici la fin de l’année. J’ai aussi quelques projets de plaidoyer. Je serai disponible pour la mission, notamment pour enseigner.

Propos recueillis par David Métreau

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