La sécurité plutôt que la liberté: une leçon de l’Est

Cela fait trente ans: en 1989, le Mur de Berlin tombait. Dix ans plus tard, en 1999, le Christianisme Aujourd’hui menait une enquête auprès de différents pasteurs protestants de ce qu’on appelait désormais l’ex-Allemagne de l’Est. Et là, quel choc: plusieurs nous ont confié que c’était mieux avant. Incrédules, nous leur avons alors posé la question autrement: «Etes-vous en train de nous dire qu’un Etat communiste qui interdit ou contrôle l’expression de la foi et les réunions religieuses est mieux qu’un Etat libre?» «Oui, car avant, nous avions à manger et nous ne connaissions pas le chômage» ont-ils répondu. Nous qui avions grandi bercés par les récits poignants de chrétiens des pays de l’Est envoyés au goulag, cet aveu nous avait troublés. Un mythe tombait...

Les chrétiens des pays de l’Est ne sont pas les seuls tentés de reléguer la liberté religieuse au second plan. Combien d’entre nous, en Occident, ne sommes-nous pas tentés de mettre cette liberté en jeu lorsque d’autres droits ou aspirations sont dans la balance? Prenez l’exemple de la sécurité: nos sociétés s’opposent peu au contrôle du citoyen... Pour des motifs de sécurité pour un meilleur service consommateur.

Nous avons signé un chèque en blanc à nos autorités pour remplir l’espace public de caméras de vidéosurveillance. Aujourd’hui, la vidéosurveillance est couplée à des systèmes de reconnaissance faciales intelligents. La Chine a innové, la France est en train de lui emboîter le pas. Les intelligences artificielles disposant d’un système de reconnaissance faciale automatisé peuvent repérer, localiser et suivre n’importe qui dans la rue.

Ailleurs, des Etats comme l’Inde restreignent la liberté religieuse pour contrecarrer toute influence étrangère et gouverner plus «librement».
La liberté religieuse fait partie des acquis dont les citoyens peinent à penser qu’ils pourraient en être un jour privés. Et pourtant...

Ce mois de novembre, les promoteurs du «Dimanche de l’Eglise persécutée» nous invitent, une fois de plus, à intercéder et à nous mobiliser pour ceux qui souffrent pour leur foi dans le monde. A l’heure de célébrer les trente ans de la liberté dans les pays de l’Est, n’oublions pas de célébrer la liberté religieuse, de la promouvoir et de la défendre comme un droit précieux.

Christian Willi, directeur de publication

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