Mariage pour tous: le combat s’annonce mal

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Ce sera l’un des gros dossiers de la prochaine législature. Au mois de juin, le RES avait fait part de son opposition au projet parlementaire en consultation. Le point avec son porte-parole.

Michael Mutzner (photo en médaillon), est-il pertinent de s’engager dans un combat contre le mariage pour tous?
C’est une question qui touche à un fondement de notre société et à la manière dont celle-ci se structure. Or la compréhension du rôle et du fonctionnement de la famille est intimement liée aux convictions religieuses et idéologiques qui traversent la société. C’est donc une bonne chose que les différents courants de pensée, y compris les Eglises, s’expriment publiquement.

Pour beaucoup, la partie est déjà jouée. A défaut d’inverser la tendance, comment faire entendre une voix pertinente?
Nous essayons de présenter les enjeux non pas d’un point de vue théologique, vu que la Bible n’est pas reconnue comme normative par la plupart des personnes auxquelles nous nous adressons, mais avec des arguments qui rejoignent les valeurs de nos concitoyens. Nous rappelons l’importance de soutenir le mariage hétérosexuel pour le bien de la société.
Nous mettons aussi en avant l’intérêt de l’enfant. La situation idéale consiste, du point de vue de la psychologie du développement et de l’éducation, à ce que celui-ci grandisse avec son père et sa mère. L’ouverture à l’adoption par les couples homosexuels induite par le «mariage pour tous» s’écarte de cet idéal.

Le sujet est-il à l’ordre du jour au sein même des Eglises?
On constate en effet que des chrétiens sont préoccupés et parfois inquiets de voir ces évolutions de société.
L’assemblée générale de l’Alliance évangélique européenne a lancé cette année un appel à l’action invitant les chrétiens à ne pas céder à la tentation de la peur, mais au contraire, à être reconnus comme un peuple rempli d’espérance et de gratitude, même au milieu de circonstances difficiles. Ce rappel est important dans le contexte actuel.

La mobilisation en Romandie semble bien différente de la France, avec la Manif pour tous et son demi-million de participants.
Les modes d’expression sont différents qu’en France car en Suisse, les citoyens ont l’occasion de voter sur la plupart des questions importantes et ce sera probablement aussi le cas ici. Dans ce système, les évolutions sont aussi plus lentes et l’adoption de cette nouvelle loi par le Parlement s’inscrit dans un processus qui dure depuis plusieurs années; en tant que Réseau évangélique suisse, nous avons été consultés.

La FEPS soutient le mariage pour tous, les évêques se sont abstenus en disant que ce n’était pas leur domaine de compétence, les évangéliques apparaissent isolés… Parlez-vous au nom de tous?
Notre prise de position s’appuie sur une consultation et un soutien unanime des unions d’Eglises et des secteurs d’œuvres membres. Nous avons noté la position prudente des catholiques, qui disent se préoccuper avant tout du mariage sacramentel. Nous serions intéressés de savoir ce qui motive leur posture.
C’est surtout la prise de position de la Fédération Protestante que nous observons attentivement, car elle comporte une forte minorité évangélique. Ses délégués décideront le 4 novembre s’ils ouvrent ou non le mariage religieux aux couples de même sexe. Le soutien au «mariage pour tous» du conseil de la FEPS, comme de son président Gottfried Locher, révèlent les différences théologiques entre réformés et évangéliques quant à la Bible et son interprétation.

Propos recueillis par David Métreau

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