La redevabilité, bonne pour tenir et grandir dans la foi

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Partager ses luttes intérieures avec un autre chrétien, voire lui rendre des comptes, requiert de la transparence et de l’humilité. Mais c’est d’une grande aide pour garder sa ligne de conduite là où, seul, on risque toujours de flancher. Et si nous redécouvrions les bienfaits de la redevabilité?

«Etre chrétien, c’est vouloir marcher dans la lumière. Pour y arriver, il faut avoir un endroit où parler de ses combats, de ses émotions, de ses choix» affirme Stéphane Unger, missionnaire avec Jeunesse en Mission. Pour lui, être redevable, c’est donner le droit à une personne qui nous connaît bien de nous poser les questions qu’elle jugera nécessaires.

Cela crée des déclics
Avoir un «partenaire de redevabilité», comme le nomme Florent Varak, enseignant à l’IBG et directeur du développement des Eglises Charis en France, permet non seulement de décharger ses fardeaux mais aussi de sortir de ses ornières, de reprendre courage pour mourir à soi-même et ainsi d’aimer davantage le Christ. L’enseignant est convaincu que «lorsqu’une personne parle avec une autre de ses souffrances (maladie, relations familiales difficiles) ou de ses luttes (colère, pornographie, orgueil), des déclics peuvent se produire tels un changement de perspective, une démarche de repentance ou des idées pour mieux cheminer».
Citant le verset de Jean 8,32, Stéphane Unger rappelle que la vérité, c’est Jésus lui-même, puis la vérité sur nos combats: avoir une personne auprès de laquelle confesser ses péchés sans crainte d’être jugé est d’un grand bénéfice. «Face à une tentation, je réfléchirai à deux fois avant de craquer car je sais que j’aurai ensuite à le raconter à la personne envers laquelle je suis redevable. Ce garde-fou m’a servi plus d’une fois» témoigne le «Jemien».
A un certain moment, par exemple, il pensait changer d’Eglise. «Mon partenaire de redevabilité m’a encouragé à chercher Dieu et à me poser certaines questions auxquelles je n’avais pas pensé. Cela m’a conduit à la conviction de rester. J’ai pu m’appuyer sur cette conviction lorsque plus tard, j’ai traversé des temps difficiles dans cette Eglise.»

Qui choisir?
Quelles devraient être les qualités de ce partenaire de redevabilité? La confiance est une clé pour le succès. «Il y a un contrat tacite: ce qui est partagé ne sera jamais divulgué, sauf en cas de violation grave de la loi» souligne Florent Varak. Il suggère aussi de choisir une personne de même sexe et désireuse de progresser.
Pour Stéphane Unger, il est important que cette personne nous voie vivre, nous connaisse bien et surtout, nous apprécie. «Si on tombe et qu’on vient se confesser, il ne faut pas qu’elle nous enfonce, mais nous encourage. Et si on agit bien, on a aussi besoin qu’elle le reconnaisse et nous pousse à aller plus loin.»
Et quand on est soi-même en position de responsabilité, typiquement: un pasteur ou un responsable d’ONG? «Un leader risque plus de protéger son “paraître” que de rechercher l’authenticité de sa marche. A ce titre, il a encore plus besoin d’un partenaire de redevabilité» estime Florent Varak. Ce peut être un collègue pasteur, un ami d’une autre Eglise pourrait aussi jouer ce rôle. Stéphane Unger suggère, dans l’idéal, de se tourner vers une personne plus élevée en autorité; les catholiques ont formalisé tout cela avec les prêtres confesseurs.

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Soutien pour persévérer
Pour persévérer dans la foi et dans son appel, la redevabilité est aussi un atout. «J’ai pensé plus d’une fois abandonner le ministère. L’accompagnement et la présence d’amis avec lesquels j’ai pu échanger sur les difficultés de la vie et du service ont été critiques» témoigne Florent Varak, tout en partageant qu’il a dû apprendre à se confier, ce qui n’était pas naturel chez lui. «Si nous devons porter les fardeaux les uns des autres, c’est certainement parce que cela nous évite de sombrer» souligne-t-il. Stéphane Unger a aussi vu beaucoup de personnes grandir dans leur foi ou sur le plan personnel grâce à la redevabilité.

Frein à l’indépendance?
Toutefois, être redevable n’empiète-t-il pas sur notre liberté? «Dans notre société individualiste, la redevabilité n’est pas populaire. On la rejette, pensant qu’elle s’apparente à du contrôle, à un manque de liberté» analyse Stéphane Unger. Au contraire, agir dans un cadre libère selon lui pleinement notre potentiel et se révèle une sécurité pour chacun, donc pour l’Eglise entière.
Et de prendre cet exemple: «Si je ne suis redevable à personne, je n’ai pas d’autorité. A l’inverse, mettons que je sois invité à enseigner en Afrique, j’y irai avec l’autorité que me confère ma soumission à mon Eglise. Mon pasteur pourra attester que ce que j’enseigne, je le vis aussi.»
Pour Florent Varak, davantage de transparence changerait ceci: nous nous rendrions compte que nous sommes tous des «mendiants de la grâce». «Nous sommes appelés à une vie sainte et nous avons besoin les uns des autres pour avancer sur ce chemin», conclut-il.

Sandrine Roulet

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