Né en 17 à Leidenstadt: J.-J. Goldman

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Né en 17 à Leidenstadt

Et si j'étais né en 17 à Leidenstadt
Sur les ruines d'un champ de bataille
Aurais-je été meilleur ou pire que ces gens
Si j'avais été allemand?
Bercé d'humiliation, de haine et d'ignorance
Nourri de rêves de revanche
Aurais-je été de ces improbables consciences
Larmes au milieu d'un torrent

Si j'avais grandi dans les docklands de Belfast
Soldat d'une foi, d'une caste
Aurais-je eu la force envers et contre les miens
De trahir, tendre une main

Si j'étais née blanche et riche à Johannesburg
Entre le pouvoir et la peur
Aurais-je entendu ces cris portés par le vent
Rien ne sera comme avant

On saura jamais c'qu'on a vraiment dans nos ventres
Cachés derrière nos apparences
L'âme d'un brave ou d'un complice ou d'un bourreau?
Ou le pire ou le plus beau?
Serions-nous de ceux qui résistent ou bien les moutons d'un troupeau?
S'il fallait plus que des mots?

Si j'étais né en 17 à Leidenstadt
Sur les ruines d'un champ de bataille
Aurais-je été meilleur ou pire que ces gens
Si j'avais été allemand?
Et qu'on nous épargne à toi et moi si possible très longtemps
D'avoir à choisir un camp

Ces Hits entrés dans l'histoire.

Cette chanson pose une question que tout être humain devrait se poser: «Si j’étais à la place de l’autre, de l’ennemi... quelle serait mon attitude?»
Devant les tentations populistes, ce titre est plus que jamais d’actualité. Nous assistons à une sorte de déculpabilisation du racisme et de la haine qui rappelle douloureusement la montée du nazisme pendant les années 30 ou l’attitude des blancs en Afrique du Sud pendant l’apartheid.
Dans ce qui demeure un des titres les plus profonds et touchants de son répertoire, Jean-Jacques Goldman nous place devant cette interrogation dérangeante: saurions-nous désamorcer les mensonges si nous étions, comme les Allemands de l’époque, «bercés d’humiliations, de haine et d’ignorance, nourris de rêve de revanche»? En observant la prolifération des propos xénophobes sur les réseaux sociaux ou sur les sites internet complotistes, on peut en douter. Il évoque le conflit irlandais pour nous demander si nous aurions le courage de «tendre une main» alors que cela ressemblerait à une trahison des nôtres. La tentation de suivre le troupeau est si forte! Quand il mentionne l’apartheid dans la troisième strophe, il souligne à quel point l’être humain est prompt à monter au créneau dès qu’il s’agit de revendiquer ses privilèges, même injustes.
Même pour nous qui nous considérons comme des amis du Christ, la vérité et l’amour ne sont pas toujours au cœur de nos préoccupations quand vient le moment d’accueillir la différence de classe, de couleur ou de religion. En tous cas, nous dégainons rapidement nos arguments socio-politiques bien rodés pour défendre nos droits et nos privilèges.
«Et s’il fallait plus que des mots?» nous lance Goldman ici. Il a composé ce titre bien avant l’avènement des réseaux sociaux, mais sans le savoir, il en soulignait déjà une des failles majeures. Les réseaux sociaux donnent l’impression d’un engagement, mais ce ne sont que des mots et même pas des mots échangés en présence de l’autre. L’écran interposé permet aux lâches d’affirmer des contre-vérités et d’attendre les likes de leurs amis et des partisans des mêmes causes.

Jonathan Hanley

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