Esther Duflo, Prix Nobel d’économie

image: Esther Duflo, Prix Nobel d’économie
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Retour sur une récompense qui a réjoui l’Hexagone et les milieux protestants.

Lundi 14 octobre, la Française naturalisée américaine Esther Duflo s’est vue attribuer le «prix Nobel d’économie» pour ses travaux sur la réduction de la pauvreté. Le descriptif exact de cette récompense est le prix de la Banque de Suède en sciences économiques en mémoire d’Alfred Nobel. Esther Duflo a reçu cette distinction avec deux de ses collègues professeurs du Massachusetts Institute of Technology (MIT) et de l’Université Harvard: son mari indien Abhijit Banerjee et leur collègue Michael Kremer. Trois nationalités et continents représentés: l’image est belle. D’autant plus que la Française est seulement la seconde femme à obtenir cette distinction et qu’à quarante-six ans, elle est la plus jeune de tous les lauréats.

Une approche originale
Ayant grandi au sein de la communauté protestante de Bois-Colombes, Esther Duflo voit ici récompensé son parcours exemplaire. Experte reconnue, elle a notamment conseillé Barack Obama sur les questions économiques au moment de sa réélection. Si auparavant le prix gratifiait surtout des théoriciens, cette cinquantième édition semble marquer un tournant dans la façon d’appréhender les enjeux économiques.
En effet, l’approche d’Esther Duflo et des autres récipiendaires est originale sur deux points. Premièrement, leurs travaux portent sur la réduction de la pauvreté dans le monde. Il s’agit alors de la valorisation d’une économie qui se veut au service de l’humain. Deuxièmement, la méthodologie utilisée est nouvelle et importée des sciences naturelles. Les chercheurs reprennent à leur compte le principe de l’expérimentation aléatoire, beaucoup utilisé notamment dans les industries pharmaceutiques.

Méthodologie critiquée
Concrètement, l’approche consiste à étudier deux groupes: un test et un témoin. Au niveau des questions de santé par exemple, l’un se voit proposer un sac de lentilles en cas de vaccination alors que le second reçoit une formation qui leur en explique les bénéfices. A l’issue de l’expérimentation, les chercheurs comparent simplement les résultats pour voir si l’une des deux incitations est préférable.
Originale et intéressante, l’approche d’Esther Duflo permet d’aboutir à de véritables conclusions. Néanmoins, elle n’est pas exempte de critiques. Certaines émanent même d’anciens prix Nobel d’économie, comme l’Américain Joseph Stiglitz.
La première se situe sur le plan éthique. Il est possible de se demander si le groupe témoin de l’expérience ou celui à qui l’on a donné une méthode moins efficace a été moins bien traité.
La seconde critique, sûrement plus importante, concerne la généralisation de ce genre d’approche. Si quelque chose est vrai dans tel contexte temporel et géographique, ce n’est pas pour autant qu’il le sera ailleurs. Le caractère reproductible est loin d’être évident. 

Nicolas Fouquet, en charge de l’éducation au développement au SEL

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