L’Evangile donne sens aux deux mille dernières années

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De passage en France le mois dernier, le pasteur et prédicateur américain John Piper, fidèle à lui-même, se livre en vérité. Entretien.

Vous avez écrit plus de cinquante ouvrages et vous êtes également un prédicateur reconnu. Quel est le plus important pour vous: prêcher ou écrire un livre?
Suis-je un prédicateur qui écrit ou un écrivain qui prêche? Pendant longtemps, je me suis posé cette question mais je l’ai aussi posée à d’autres. La plupart des personnes ont quand même opté pour la première formulation et je pense que c’est vrai. S’il me fallait choisir, je suis pratiquement sûr que je choisirais la prédication, parce qu’il me semble que la Bible est claire. Elle dit: «Prêche la Parole» et non «écris la Parole» (rire). Ecrire a son utilité mais je pense que la prédication correspond à la manière dont Dieu veut véritablement communiquer sa gloire.

En mai 2018, vous étiez cité par l’Université Baylor dans une liste des douze prédicateurs les plus percutants. Quels conseils donneriez-vous aux prédicateurs, notamment à ceux qui débutent?
«N’ayez surtout pas pour objectif dans votre ministère de mettre votre nom sur une telle liste». Ce serait une terrible motivation pour prêcher! Mon conseil serait plutôt le suivant: essayez d’avoir autant de formation biblique que vous pouvez, étudiez les Ecritures en profondeur et respectez le sens de ce qu’a voulu dire l’auteur du passage. Ensuite, prêchez avec une attitude qui corresponde à votre propos. Vos émotions doivent être en accord avec votre discours.

Célébrité, burn-out, vie de famille: que pouvez-vous dire de ces différents défis? Comment les avez-vous gérés?
Ces défis sont vécus différemment selon les personnes. Par conséquent, je ne voudrais pas donner l’impression de prescrire un médicament que tout le monde devrait prendre pour résoudre ses propres problèmes.
Pour commencer, épousez la bonne personne. Avoir une femme qui vous soutient dans la bataille fait toute la différence! Un ministère, en particulier s’il est public, ne suscite pas seulement de la reconnaissance mais aussi des controverses et de la pression. Plus les difficultés sont importantes à la maison, plus votre ministère sera compliqué.
Si vous êtes marié, sortez avec votre femme dans un restaurant une fois par semaine. Regardez-la dans les yeux et demandez-lui comment elle va. Si elle est attentionnée, elle vous dira probablement que tout va bien. Allez plus en profondeur. Peut-être que là, elle vous dira: «Tu sais, ça fait dix-huit jours qu’on ne t’a pas vu à la maison». Mon épouse ne veut pas me rendre la vie plus difficile. Elle sait prendre sur elle mais c’est important pour moi de savoir ce par quoi elle passe. Je veux qu’elle s’épanouisse.
Faites des ajustements réguliers aussi. Les saisons de la vie sont différentes avec les enfants qui grandissent.
Concernant le burn-out, vous devez vous connaître, savoir ce que vous pouvez supporter. A mes yeux, le principe du sabbat, c’est-à-dire de prendre un jour de repos par semaine, est fondamental. On peut tirer sur la corde mais il faut aussi savoir relâcher. De plus, chaque pasteur a besoin de découvrir ce qui restaure son âme, ce qu’il a besoin de faire pendant son jour de libre. Est-ce se balader, courir, lire, nager? Dans notre Eglise, nous avons un dicton: «Trouve ton rythme afin de terminer la course». La vie n’est pas un sprint, c’est un marathon.

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Vous animez un podcast dans lequel vous répondez aux questions des internautes. Quand vous avez vous-même des questions, à qui les posez-vous?
Vers qui je me tourne? Dans tous les domaines et non seulement en théologie, on a besoin de collègues ou d’amis avec lesquels échanger, que ce soit en face à face, par email ou au travers d’articles. Je vais alors poser mes questions à des personnes qui en savent plus que moi. Elles ne sont pas nécessairement plus vieilles. J’ai 73 ans et la plupart des personnes qui sont plus intelligentes que moi sont plus jeunes. Ce peut être aussi quelqu’un d’une autre culture ou un spécialiste d’un autre domaine.
Par ailleurs, des penseurs et auteurs disparus depuis plus de trois cents ans ont de nombreuses réflexions pertinentes pour notre siècle. Je lis Jonathan Edwards, Jean Calvin, Martin Luther ou Charles Spurgeon.

Quels sont selon vous les principaux défis auxquels les chrétiens sont confrontés aujourd’hui et dans un futur proche?
Je ne pense pas que le défi d’aujourd’hui soit différent de ce qu’il a toujours été. Les défis prennent différentes formes mais l’enjeu de fond reste le même: «Serons-nous fidèles à la Parole de Dieu?».
L’Evangile est ce qui donne le sens fondamental de notre époque et des deux mille dernières années. Je crois que la Bible est la Parole inspirée de Dieu et le défi de toutes les générations est de la comprendre avec son cerveau, de la croire, de la sentir et de l’aimer avec son cœur et de la vivre dans un abandon radical. Croire dans les promesses de Dieu, voilà le plus grand défi!

Propos recueillis par Nicolas Fouquet

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