Gospel par-de là les mers

Quelle image a-t-on de l’Afrique? Celle d’un continent confronté à la pauvreté, aux conflits et au sida. Trente-cinq jeunes Suisses l’ont découverte à travers l’une de ses plus grandes richesses: le chant

Le projet «Bénin 2008-9 Échange choral» est le résultat d’une collaboration entre l’Église Réformée du canton de Vaud et l’Église protestante méthodiste du Bénin. Cette expérience musicale, humaine et spirituelle restera dans les mémoires et les cœurs.

Septembre 2008: En Suisse, les apprentis chanteurs participent à deux stages de chants africains. Ésaïe Odah, le chef de chœur de la chorale de Godomey, a fait le déplacement depuis le Bénin pour leur enseigner son répertoire en anglais et français, bien entendu, mais aussi dans certains dialectes comme le mina ou le fon.

Mi-décembre 2008: Antonin, Noémie et une trentaine d’autres jeunes de seize à vingt-six ans atterrissent à Cotonou, capitale économique du pays. Le séjour va durer deux semaines. Pour bon nombre d’entre eux, le climat chaud et humide du continent africain est une découverte. Autour d’eux, les couleurs les émerveillent et les noms des enseignes commerciales ne manquent pas de les faire sourire: ici, la clinique dentaire «la Douceur», puis là, la pharmacie «de l’Abattoir» ou encore la poissonnerie «Jésus est la solution».
Leurs voix, elles, n’attendent que d’être mêlées à celles des choristes de la grande chorale de Godomey, qui a déjà été récompensée à plusieurs reprises pour sa qualité. Dès la première répétition, le courant passe, même si la manière de prononcer les mots et d’accomplir les chorégraphies est différente. Mais au-delà de la rencontre musicale, l’accueil des Béninois touche les voyageurs. «J’ai été impressionné par la qualité de leur accueil et leur générosité. Ils nous offraient à boire et se mettaient en retrait car ils n’avaient rien pour eux», se souvient Antonin, vingt ans, futur éducateur spécialisé.
Ensemble, les deux chorales vont participer à un festival et donner de nombreux concerts, principalement dans le cadre de cultes. La spiritualité des Béninois interpelle les Européens, peu habitués à une telle ferveur: «J’ai beaucoup aimé la joie et le dynamisme de ces cultes. Ce qui m’a aussi touché, c’est le moment des offrandes. Ils étaient heureux de donner et on sentait qu’ils ne le faisaient pas pour se donner bonne conscience», raconte Antonin. Toute l’équipe a réalisé que contrairement à l’Europe, la croyance n’est pas reléguée à la sphère privée en Afrique: «L’Église, c’est toute leur vie. C’est leur seul loisir», explique Noémie, qui se destine avec son mari à un engagement humanitaire. «J'ai appris à quel point Dieu est universel mais surtout à quel point il est essentiel pour les Béninois de croire en Lui», confie encore Antonin. «On ne parle pas de doute, c'est comme si le doute n'existe pas parce que, sans Dieu, que reste-t-il? Pour moi aussi, il est comme le ciment sur lequel on peut construire sa vie.»

Mi-avril 2009: La chorale de Godomey est attendue au printemps pour une série de concerts en Suisse romande. Ces retrouvailles gospel enthousiasment les choristes, qui savent maintenant que la musique transcende les différences pour les transformer en joie commune.

Sandy Azouz

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