Israéliens et Palestiniens en stage de réconciliation

«C’est Jésus qui amènera la paix»

Dan, le Juif de Netanya, est venu à ce camp parce que le sujet de la réconciliation l’intéressait et la Suisse, aussi. Fouad, l’Arabe de Haïfa, est venu pour rencontrer du monde et être fortifié dans sa foi. C’est dans son église, dont son père est le pasteur, qu’il a entendu parler de ce camp. Comment se voient-ils dans quinze ans? Dan se voit engagé dans une organisation messianique (les Juifs ne disent pas «chrétienne»), pourquoi pas en lien avec la réconciliation. Fouad, lui, qui joue du violon, se voit bien dans la musique. Et la situation politique sera-t-elle réglée alors? «Non, mais je l’espère», estime Fouad. «Seul Jésus peut amener la paix. Quand il reviendra...», précise Dan. «Oui, c’est lui qui fera la paix», reprend Fouad. «C’est ça», ponctue son ami juif.

L’an dernier, une équipe de jeunes chrétiens franco-suisse s’est rendue en Israël-Palestine pour découvrir la réalité croyants sur place (Just 4U n°39). Une idée est lancée: l’année suivante, ce sera l’inverse: ce sont les jeunes Israéliens et Palestiniens qui viendront, non pour rencontrer des croyants de leur âge, mais pour vivre un rapprochement entre eux

Un généreux soleil baigne la magnifique propriété qui domine le lac de Genève. A l’arrière-plan, c’est le Mont Blanc dans sa majesté. La quiétude du lieu est brisée par des cris stridents en trois langues: arabe, hébreu et anglais. Une jeune fille est allongée sous un van de livraison, immobile. Une amie se précipite vers elle, avant d’éclater de rire. Non, la scène n’est pas réelle. Les vingt-cinq jeunes arrivés de Terre Sainte quelques jours plus tôt sont est en train de filmer un court-métrage – une des nombreuses activités créatives d’une semaine destinée à rapprocher adolescents israéliens et palestiniens.

Nos jeunes grandissent plus vite qu’ailleurs
Ce n’est un secret pour personne: les deux peuples sont en conflit. Même quand il croient ensemble à Jésus-Christ, ils ont beaucoup de peine à ne pas voir l’autre camp en ennemi. «En général, que vous soyez Israélien ou Palestinien, vous préféreriez que les autres fichent le camp du pays», confie Tamara. A vingt-cinq ans seulement, cette pétillante Arabe de Bethléhem à la flamboyante chevelure noire est la responsable de ce camp. «Nos jeunes doivent grandir plus vite que dans le reste du monde», explique-t-elle. «Les Arabes de mon âge ont grandi avec la 2e Intifada, ils ont vu des choses horribles. Les Israéliens font trois ans d’armée. Tout ça nous endurcit un peu et fait que nous ne sommes pas dans la superficialité.»

Changement de cœur au désert
Tamara se souvient du premier camp de réconciliation qu’elle a fréquenté, il y a deux ans. «C’était dans le désert. Je devais me débrouiller en duo avec une jeune Israélienne. J’ai craqué et lui ai dit qu’ils faisaient du mal à mon peuple et que je les haïssais!», me raconte-t-elle. «Comme si ça allait nous aider...». Mais il s’est instantanément passé quelque chose dans le cœur de la jeune femme. «J’ai voulu devenir son amie. Aujourd’hui, je veux que les deux camps restent. Je suis invitée chez des amis Juifs, même pour des naissances. Aujourd’hui, j’arrive à sourire aux soldats qui nous contrôlent tout le temps.»
L’organisation chrétienne qui emploie Tamara s’appelle Mousalaha, «réconciliation» en arabe. D’ordinaire, leur stratégie est d’envoyer Palestiniens et Israéliens dans le désert, où la solidarité est nécessaire pour s’en sortir. C’est la première fois que leur programme pour les jeunes s’invite à l’étranger. Pour Tamara, le fait de quitter sa famille, d’être sur un terrain neutre, de voyager ensemble, cela marche aussi.

Les questions douloureuses, on les aborde de front
Sports et excursions diverses sont là pour souder les relations mais il n’y a pas que du fun: des sessions d’enseignements (passablement de théâtre et de jeux de rôle), permettent d’aborder les questions d’identité, la théologie de la terre (à qui appartient-elle, dans la Bible?) ou la vision de l’histoire. Sur tous ces points, les divergences sont grandes et les sentiments vifs. Ces divergences d’opinion pourront subsister, mais au moins, on aura appris à connaître l’autre et à l’apprécier. «Et certaines choses doivent changer. Elles ont changé en tout cas en moi», conclut Tamara.

El Ramon

Je m'abonne à Just 4U | Achat au N° | Autres articles de ce N°