Faut-il avoir peur de l’islam?

C'est quoi l'islam?

C'est la deuxième religion du monde, avec ses 1,16 mia d'adhérents, disent les manuels. Elle a été fondée quelque 650 ans après J.-C. par un chamelier illettré, étudiant en religion devenu chef de guerre, Mahomet (ou Mohamed, selon la forme arabe). Mais pour beaucoup de chrétiens ainsi que pour beaucoup de musulmans eux-mêmes, l'islam n'est pas une religion au sens occidental du terme (un rite et une philosophie). L'islam est une nation. « L'islam est en fait un système politique avec une connotation religieuse, et non pas l'inverse », défend Elizabeth Kendal, chercheuse réputée de l'Alliance Evangélique. « Mahomet a réussi à fondre une pensée religieuse dans une culture locale, la culture arabe du désert, avec le résultat que l'on connaît aujourd'hui : c'est un véritable système intégré. Le fait d'avoir imprégné les gestes du quotidien des gens a porté l'islam depuis 1400 ans », confirme Mark Gabriel, Egyptien auteur de « Jésus et Mahomet ».

On vit une époque où les peurs sont omniprésentes : peur du chômage, peur de la grippe, peur du terrorisme, etc. L’islam fait peur. Certains disent que c’est par racisme et par ignorance; d’autres, au contraire, que la menace est réelle. Comment s’y retrouver  ?

Plus de la moitié des pasteurs américains pense que l'islam est une religion « maléfique » selon un sondage LifeWay de fin avril. Plus de 40% des mille pasteurs interrogés ont en plus affirmé que l'islam était dangereux et encourageait la violence. A la fin de l'année dernière, le Peuple suisse votait massivement l'interdiction des minarets, un vote dénoncé comme un vote « de peur ».

En politique
Le discours dominant joue l’apaisement. Il tient à peu près à ceci : la haine vient des individus et non des écrits saints; et si les gens ont peur de l’islam, c’est à cause de quelques allumés et des médias qui en rajoutent tout le temps.
De l’autre côté, chez ceux qui prêchent la prudence, on fait valoir la violence de textes coraniques et la réalité des attentats : la majorité des terroristes aujourd’hui sont islamistes. Sans aller jusque-là, l’Occident est confronté à des coutumes et des sensibilités nouvelles, parfois très affirmées, qui mettent notre société et nos institutions sous pression. On craint de voir sa culture évoluer (finis les sapins de Noël, le porc à la cantine scolaire). La peur et les fermetures face à l’autre sont une réaction qui tient de la faiblesse humaine, face à ce qui est perçu comme une menace et un changement. Là où ça se corse, c’est quand certains partis politiques thématisent tout le temps ces peurs pour gagner des électeurs, empoisonnant le climat.

A cela, on peut rajouter que les chrétiens, eux, ont souvent un regard plus vaste que la moyenne. Grâce à des organisations chrétiennes internationales, ils sont informés de tout ce que souffrent leurs frères et sœurs en terre d’islam. Au Nord-Nigéria, en Palestine ou en Irak, le climat devient invivable et les chrétiens locaux s'exilent.

Des personnes et un système
Il y a du vrai dans les deux discours, celui de la prudence et de l’apaisement. L'un est focalisé sur le long terme et les fondamentaux de l’islam et il oublie de voir la liberté de chacun de les suivre ou non. L’autre est focalisé sur l'individu et relativise l'influence de la religion. Ce deuxième discours est souvent l’expérience de tous les jours : on côtoie de nombreux musulmans. Parce qu’on doit vivre ensemble, on fait des efforts et on refuse de voir un envahisseur derrière chaque collègue de travail ou de classe musulman. Et c’est très bien comme ça ! Au fond, musulman et chrétien, on est semblables en tellement de points ! On veut tous le bonheur. On a tous été créés à l’image de Dieu.

Qu'est-ce que Jésus ferait  ?
Jésus n'arrête pas de dire dans l'Evangile : « N'ayez pas peur ». En tant que Juif, il vivait sous un envahisseur romain. Mais il n'a pas parlé d'en avoir peur ou de lutter contre cet envahisseur. Jésus luttait avant tout contre la dureté du cœur humain, contre la religiosité et tout ce qui rendait l'être humain esclave. Voilà les vraies cibles : elles sont dans le monde invisible.

Face à l’islam, les chrétiens doivent se garder de la naïveté, d'un côté et du manque d'amour, de l'autre. Pratiquement, cela implique un apprentissage : mieux connaître l'islam et les musulmans et faire la distinction entre le musulman et l'islam.

Enfin, on dormira mieux en se rappelant que Dieu reste maître de l'Histoire. Et en considérant l'islam comme un aiguillon entre les mains de Dieu pour réveiller notre société : car celle-ci semble avoir oublié à qui, en fin de compte, elle doit la grande liberté dont elle bénéficie : à Dieu et au choix qu’on fait nos ancêtres de se fier en lui.

El Ramon

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