Notre tempérament: à prendre ou à laisser

«Je suis comme ça». Qui n’a pas déjà entendu cette excuse? Il est utile, dans un premier temps, de bien se connaître et ensuite de comprendre qu’on n’est pas prisonnier de ses propres façons de réagir. Didier Crelier, directeur des Fabricants de Joie en Suisse et titulaire d'un diplôme en éducation sociale, donne quelques pistes pour améliorer ses relations

Puis-je m'entendre avec les différents types de personnalité (dans la famille, avec les copains, les profs ou les patrons)?
Oui, il est possible de s'entendre avec tout le monde. Certes, plus un type de personnalité est éloigné du mien, plus la relation sera difficile à gérer. Lorsque ma personnalité est altérée par les circonstances de la vie, ma capacité relationnelle diminue aussi.

Comment la personnalité peut-elle être altérée?
C'est le plus souvent dans le cadre familial que la personnalité ne s'est pas développée de façon harmonieuse. Prenons l'exemple d'une personne à la sensibilité artistique. Admettons qu’un frère ou un sœur plus âgé ou plus jeune a une sensibilité artistique plus affirmée. Du coup, la première peut décider de mettre en sourdine sa personnalité et d'occuper une place vide, en se posant comme le clown ou l'intello de la famille.

Qu'entendez-vous par personnalité, précisément?
Pour bien comprendre de quoi on parle, il s'agit de distinguer la personnalité du caractère. La personnalité, ce sont les dons reçus et les inclinaisons innées, les rêves existentiels aussi. L'un est plus abstrait, l'autre plus manuel, etc. La personnalité est bonne et ne change que très peu au cours d'une existence saine.
Le caractère est l'outil qui me permet de gérer mes relations avec les autres. Contrairement à la personnalité, cette interface émotionnelle et sociale peut changer, évoluer.

Comment retrouver sa personnalité si on a l'impression qu'elle est altérée?
En s'approchant le plus simplement du monde de Dieu et de lui demandant de m'aider à retrouver qui je suis vraiment.

Si je suis d'un autre tempérament qu'une personne qui m'est imposée (famille, études ou travail), que dois-je faire pour m'entendre avec elle?
Le dialogue est évidemment l'outil principal pour établir de bonnes relations. Mais parfois, il montre ses limites. Les gestes peuvent parfois agir là où mes paroles ne parviennent plus à changer la relation. Les fameux langages de l'amour de Gary Chapman, permettent d'exprimer de la considération à l'autre, dans son langage naturel : un cadeau à celui qui est sensible aux cadeaux, une présence aux côtés de celui ou celle qui y est sensible, etc.
Au-delà des outils, rappelons-nous d'un des messages essentiels de la foi chrétienne: le Saint-Esprit peut faire son œuvre en moi lorsque j'accepte de renoncer à mon égo. Jésus-Christ nous a montré l'exemple dans ce domaine, en renonçant à tout pour ressusciter ensuite.

Comment renforcer les côtés positifs et atténuer les côtés négatifs de mon caractère?
Dans ma personnalité, tout est positif. Il s'agit ensuite de savoir comment je vais vivre mes qualités avec les autres. Un exemple: admettons que j'aime bien conduire un groupe, que j'ai acquis une certaine expérience dans ce domaine. Dans la pratique, il se peut que les autres me trouvent tyrannique. C'est la mise en pratique qui n'est pas au point.
Le risque, c'est d'abandonner les dons qu'on a reçus au lieu d'apprendre à faire mourir son égo pour que ce don puisse s'exprimer positivement.


Qu'entendez-vous par faire mourir son égo sans toucher à sa personnalité?
La Bible utilise une expression assez forte: mourir à soi-même. Mettre en pratique ses dons, c'est accepter de mourir à soi-même, pour mieux ressusciter ensuite. Personne n'est jamais ressuscité sans mourir d'abord.
La première étape consiste à être attentif à ses goûts, aux rêves que Dieu a placés en soi. Ensuite, il est impératif de les mettre en pratique. C'est en s'engageant dans un groupe ou une association que l'on peut découvrir ses dons et les développer.
Si au contraire, on n'entreprend rien par peur de se planter, c'est comme si on faisait une croix sur les dons qu'on a reçus. Cela va nous frustrer et, dans des cas extrêmes, nous conduire à détester notre personnalité et peut-être même Dieu.

Justement, si je n'aime pas ma personnalité, est-ce que je peux la changer?
La personnalité, généralement, on l'aime. En effet, c'est ma façon de voir le monde, ce sont mes goûts. Ce qui arrive parfois, c'est d'envier celle des autres. Mais c'est de la jalousie et non du dénigrement de soi.
Par contre, une éducation «d'enfant-roi» peut me conduire à vouloir inconsciemment détruire ce qui est différent de moi. Là encore, c'est mon caractère qui est en jeu, pas ma personnalité.

Quels sont les traits caractéristiques de l'enfant roi?
La frustration est le levier naturel pour faire évoluer le caractère de chaque individu. Une éducation sans frustration peut me conduire à me sentir tout-puissant. Les symptômes sont alors l'isolement, la solitude. Les autres me trouvent imbuvable. Je peux être brillant sur le plan professionnel ou des études, mais mes relations avec les autres demeurent difficiles. En réalité, c'est mon interface relationnelle, mon intelligence émotionnelle, qui est défectueuse.

Et comment sortir de cet état d'enfant roi?
Il n'est jamais trop tard pour écouter davantage les autres, à commencer par ses parents ou un responsable de groupe de jeunes. Commencez par rechercher vos dons et demandez-vous pourquoi ils ne sont pas reconnus. Par exemple: «Je suis capable de faire rire les gens. Et pourtant on ne m'aime pas. Pourquoi?». C'est peut-être parce que je suis un tyran avec les autres.
C'est la différence avec les autres qui me fait grandir. Pour découvrir cette dimension, la première étape consiste à lâcher prise.

Christopher Spirit

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