Si la dépression guette un proche…

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Burn-out ou dépression?

Dans le langage courant, le mot "dépression" englobe plusieurs maladies différentes. Mais la définition médicale de la dépression est précise: il s’agit d’un trouble de l’humeur caractérisé par une humeur basse, de la tristesse et un manque d’énergie. Ce trouble nécessite un traitement.

Le burn-out est un terme plus spécifique qualifiant le syndrome d’épuisement; un état d’épuisement corporel, émotionnel et psychique engendré par une charge de travail et un stress trop importants. Le processus est progressif et s’installe petit à petit.

Même si ce sont des maladies différentes, un burn-out peut très bien conduire à une dépression. Une période de surcharge (émotionnelle, professionnelle), de la fatigue ou une maladie somatique associés à un événement extérieur déstabilisant (deuil, licenciement, déménagement, etc.) sont des circonstances favorables à l’apparition de la maladie.

Votre mari, votre meilleur amie, ou encore un membre de la famille présente des symptômes de dépression. Que faire? Interview du Dr. Joëlle Gaillard-Wasser, médecin psychothérapeute.

Lorsqu’on parle de dépression ou de burn-out, quels signaux doivent nous interpeller?

Les premiers symptômes sont la fatigue, le sentiment d’être complètement surchargé, de ne plus être efficace. Ensuite, une humeur basse, de l’abattement, du désespoir peuvent apparaître, ainsi que des pleurs plus fréquents, une émotivité à fleur de peau, une perte d’intérêt et du plaisir habituel. Chez un proche, on peut remarquer le problème s’il présente un changement de comportement lié à son épuisement, comme par exemple s’il ne supporte plus le bruit ou les enfants et qu’il devient beaucoup plus irritable, négatif.

Comment aborder le sujet avec la personne concernée?
On peut commencer par lui en parler avec empathie en donnant une impression personnelle de la situation, par exemple: «J’ai remarqué que les choses te semblent difficiles ces temps», ou mentionner ses inquiétudes. Il faut surtout éviter d’accuser ou d’adopter une attitude d’expert. Ce serait le meilleur moyen pour que la personne se renferme et nie ses problèmes. Au contraire, il faudrait réussir à faire en sorte qu’elle s’ouvre, en lui posant des questions ouvertes sur son état.

Quelles peuvent être les raisons qui font qu’une personne nie son état ou ne veut pas se soigner?
Si elle reconnaît que quelque chose ne va pas et qu’elle ne souhaite pas consulter, elle se dit peut-être que son médecin ne peut rien pour elle. Il y a aussi une grande stigmatisation de la maladie mentale; cela peut faire peur et provoquer une difficulté à demander de l’aide, par crainte des préjugés ou d’être considéré comme folle.

Quelle est alors la meilleure attitude à adopter?
Il est essentiel d’avoir de l’empathie mais aussi de ne pas vouloir faire les choses à la place de l’autre et savoir poser ses limites: «Là, je ne peux pas faire plus». Car nous risquons de nous rendre aussi mal que l’autre si nous ne prenons pas soin de nous. Cela permet d’ailleurs aussi à l’autre de se responsabiliser. Pour un chrétien, cela signifie aussi remettre la situation à Dieu, car nous nous sentons souvent impuissantes.

Que faire si la situation dure?
Nous pouvons proposer de l’accompagner chez son médecin, mais il faudrait idéalement que la personne prenne elle-même conscience de ses besoins et fasse la démarche. Les gens sont responsables d’eux-mêmes. La patience est donc de mise. La seule situation dans laquelle il faut absolument appeler à l’aide même si la personne n’est pas consentante, c’est lorsque celle-ci parle de mettre fin à ses jours.

Dans les milieux chrétiens, la dépression est parfois mal vue. Pourquoi?
La plus importante raison est due à une confusion et une assimilation des problèmes psychiques à des problèmes spirituels. Cette confusion peut conduire à assimiler la maladie psychique à un manque de foi ou à une vie dans le péché, au lieu de réaliser qu’il s’agit d’un problème de santé. La personne concernée peut être amenée à culpabiliser et cela peut conduire à son isolement. C’est peut devenir assez dramatique pour la confiance en soi, notamment.

Par Joëlle Misson

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