Je pleure la mort de mon bébé...

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Comment aborder le deuil périnatal avec foi, sans pour autant en nier la souffrance profonde? Le célèbre théologien, auteur et conférencier, John Piper, a envoyé la lettre suivante à une mère endeuillée. Extraits.

Chère Madame,

Votre perte et votre peine sont récentes. J’hésite donc à m’exprimer dans un contexte aussi sensible. Mais puisque vous m’avez sollicité, je prie que Dieu m’aide dans la formulation de ma réponse.

Retrouver son enfant?
Tout d’abord, je tiens à préciser que je ne peux pas moi-même comprendre la souffrance qui consiste à donner naissance à un enfant sans vie. Seul un petit nombre de femmes le peuvent. Je dis «sans vie» mais, comme vous l’avez exprimé, il n’est pas sans vie. Il a simplement sauté l’étape terrestre. Un jour, dans les nouveaux cieux et la nouvelle terre, il connaîtra ce qu’il y a de meilleur de cette terre et de ses joies sans en connaître jamais les douleurs.

Je ne sais pas quel âge -quel niveau de maturité ou de développement- votre bébé aura lors de la résurrection. D’ailleurs, je ne sais pas quel niveau de maturité ou de développement j’aurai moi-même en ce jour. Mais vous reconnaîtrez votre bébé. Dieu s’en assurera. Votre enfant aussi vous reconnaîtra. Et il vous remerciera de l’avoir conçu.

Le deuil, une forme d’amputation
Dieu s’exprime très clairement au sujet du deuil en 1 Thess. 4, 13: «Nous ne voulons pas, frères, que vous soyez dans l’ignorance au sujet de ceux qui dorment, afin que vous ne vous affligiez pas comme les autres qui n’ont point d’espérance.» Vous faites partie de ceux qui vivent un deuil avec l’espérance. Les autres souffrent sans espérance. Voilà la grande différence. Il n’est jamais question de ne pas souffrir. Ce serait comme dire à une femme qui vient de perdre son bras qu’elle ne doit pas pleurer puisqu’elle retrouvera son bras lors de la résurrection des corps. Elle a mal! C’est pour cela qu’elle pleure. Elle souffre.
Une amputation est une bonne analogie. Car, à la différence d’une blessure par balle, lorsque l’amputation guérit, le bras reste absent. Ainsi, le deuil est très différent des autres blessures. Il y a d’abord la douleur de la perte, mais ensuite la douleur persistante de l’absence. Les innombrables «et si seulement» font aussi souffrir, et chacun est comme un nouveau coup sur le moignon sensible où le bras aurait dû se trouver. Ainsi, le deuil est à la fois semblable et dissemblable des autres douleurs.

Deux façons de vivre le deuil avec Dieu
J’attire votre attention sur le paradoxe du deuil avec l’espérance. Certains pensent que la meilleure façon d’honorer Dieu dans la souffrance consiste à moins pleurer et ainsi à plus rapidement surmonter cette douleur. Cette réaction communiquerait ainsi que vous faites confiance en la bonté de Dieu et dans le bien qu’il fait. C’est possible, et certaines personnes vivent leur relation avec Dieu de cette façon. Je ne suis pas de ceux qui affirment qu’il s’agit d’un déni.

Pourtant, Dieu peut être honoré d’une toute autre façon. Lorsque nous souffrons profondément du fait que nous avons aimé et chéri ce cadeau de Dieu -et Dieu à travers ce cadeau- si passionnément que sa perte nous transperce plus profondément et pour une durée plus longue, Dieu est également glorifié. En effet, la durée de la souffrance peut révéler l’intensité de notre sentiment de perte, en dépit duquel nous n’abandonnons pas Dieu. Chaque instant où l’on souffre sans rejeter Dieu est une façon d’affirmer que celui-ci est toujours présent, toujours suffisant.
Ainsi, confiez-vous en Dieu et laissez votre cœur vous indiquer si vous le glorifiez plutôt en réagissant de la première ou de la seconde façon. Chaque personne est différente. Evitez d’accuser votre mari, ou de vous laisser accuser, parce que vous réagissez au deuil à des rythmes différents. C’est très personnel. Le conjoint qui semble se remettre le plus rapidement sera potentiellement celui des deux qui pleurera davantage dix ans après les faits. Vous ne pouvez pas savoir, donc ne jugez pas.

Jésus comprend...
Que Dieu transforme votre deuil en une communion aigre-douce avec Jésus. L’Evangile de Matthieu nous informe que lorsque Jésus a appris la décapitation de Jean-Baptiste, son cousin, il «partit de là dans une barque, pour se retirer à l’écart dans un lieu désert» (Matt. 14, 13). Il sait donc ce que c’est que d’avoir besoin de solitude lorsqu’on a perdu un être cher. Jésus peut compatir. Il a été tenté comme nous en toutes choses - y compris le deuil.

Soyez accompagnée de grâce et de paix.
Affectueusement,
Pasteur John

Par John Piper, publié sur desiringgod.org, adapté de l'anglais par Rachel Gamper

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