Quand mon stress affecte mon enfant...

image: Quand mon stress affecte mon enfant...
© Alliance Presse

Comment est né le personnage de Stressor…

Quel était votre objectif en publiant cet ouvrage?

Il me manquait, dans mon cabinet de pédopsychiatre, un outil à l’usage des enfants. Comme j’aime dessiner et que j’avais besoin d’images pour expliquer des choses qu’on observe dans le non-dit, je me suis «amusée» à dessiner et rédiger ce livre. Je voulais rendre visible pour ces familles, malmenées par les circonstances de la vie, les pièges relationnels dans lesquels elles s’étaient empêtrées. Les parents d’une famille m’ont inspirée pour les figures de Mumu et Boul: ils ont ri, eux et leurs enfants, en se reconnaissant. Deux autres familles m’ont emmenée sur la piste du personnage de Stressor.

Lorsque vous présentez ce livre aux enfants, comment réagissent-ils? Et les parents?

Ce qui m’importe le plus, c’est que les enfants avec qui j’emploie ce livre en thérapie réagissent avec enthousiasme. J’y mets le ton et nous rions ensemble. Ils comprennent rapidement ainsi que ce livre leur parle d’eux, mais d’une manière qui se veut douce et encourageante. De leur côté, les parents peuvent reconnaître que parfois ils sont gagnés, voire vaincus, par le stress. En même temps, ils discernent sans trop de paroles ce que ce stress engendre dans leur relation avec leurs enfants et quels sont les vrais problèmes à combattre parfois.

Les enfants ont souvent de la peine à mettre des mots sur le stress que leur transmettent leurs parents. Peut-on les aider à s’exprimer? Entretien avec Adeline Yamnahakki, pédopsychiatre, psychologue et auteure de La Faute à Stressor (éd. Prétexte).

Comment l’enfant réagit-il face au stress parental?

On constate que déjà les bébés pleurent ou se calment dans les bras de Maman ou de Papa selon que ceux-ci sont eux-mêmes stressés ou apaisés. Il n’y a pas besoin de mots, cela passe aussi dans le non-verbal, ce qu’on appelle en neurosciences les «neurones miroirs». Le corps des parents se raidit ou devient mou, le visage se crispe ou devient livide, la voix tremble ou devient cassante; ce sont parfois même des micromouvements incontrôlés.

Peut-on cacher son stress à son enfant?
Inutile de se culpabiliser ou de vouloir «faire comme si»; les enfants ne sont pas dupes. Il vaut mieux identifier ce qui fait mal et réaliser qu’il ne suffit pas de vouloir bien faire pour bien faire. Il n’y a pas de honte à se laisser aider et apaiser soi-même comme parent.

Un parent peut-il éviter de transmettre son stress à son enfant?
Demander aux parents de ne pas répercuter le stress sur leurs enfants serait une injustice. Ce serait comme leur dire: «Faites semblant d’être heureux!» alors qu’ils souffrent. Autant avouer à son enfant que «Oui, là j’ai crié trop fort, j’ai réagi à une douleur qui vient d’ailleurs et pas seulement de ce qui se passe entre nous, mon petit», ou «Aujourd’hui maman n’a pas de patience».

Les enfants peuvent apprendre à mieux respecter Papa et Maman, même s’ils commettent des erreurs. Commettre une erreur, c’est comme tomber de selle; la reconnaître, c’est remonter en selle et retrouver du crédit auprès de son petit. C’est aussi le protéger.

Comment les parents peuvent-ils réduire le stress à la racine de leurs comportements nocifs?
Si l’on m’amenait à m’exprimer sur le rapport qu’il pourrait y avoir entre mon petit livre et ma foi en Jésus-Christ -ce qui n’est pas le contexte de ma consultation pour des patients non-croyants- je me permettrais de dire ceci: le personnage de Stressor dans le livre a un étrange lien de familiarité avec Satan, qui s’ingénie à détruire les familles, à leur voler la joie et l’amour.

Et pour lutter contre le stress, la ressource par excellence pour moi est le secours que peut apporter Jésus, Prince de Paix, qui nous a dit: «Je vous laisse la paix, je vous donne ma paix. Je ne vous la donne pas comme le monde donne» (Jn. 14, 27). Il peut consoler et guérir les cœurs les plus blessés.

La puissance de la prière est une arme que les parents croyants gagnent à ne pas sous-estimer. Cela sonne «facile», mais j’ai aussi constaté dans mon cabinet combien Jésus est bon et puissant pour aider ceux qui le lui demandent, enfants ou parents.

Propos recueillis par Rachel Gamper

Je m'abonne à Just 4U | Achat au N° | Autres articles de ce N°