Etre un bon N°10

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Pas le n°10 du football, le meneur de jeu, mais le numéro 10 dans la file d’attente ou la liste des invités: la Bible invite à ne pas se voir trop haut ni à vouloir les meilleures places

Les yeux fixés sur la scène, nous observons ses mimiques, ses gestes. Nous suivons l’intonation de sa voix, dans l’attente de l’attitude typique qui annonce la prochaine remarque comique. Nous guettons le moment où l’intensité se fera sentir et où nous serons réellement touché par ses paroles. Nous sommes centré sur le N°1: sous la lumière du projecteur, il nous apporte matière à réflexion sur nos vies personnelles et sur notre engagement au sein du groupe.

Il est le leader. Il s’est entourée de trois aides de service, ses adjoints qui soutiennent son projet et le secondent dans sa réalisation. En fait, ce sont trois N° 2. Ils ont un certain charisme et sont reconnus par les autres. A l’heure où le N°1 les a choisis, nous savions bien qui allait être pris. Ça n’a pas fait trop de mystère, ni de surprise.

Il faut bien de simples participants
Moi, je ne sais pas quel numéro je suis. Il y a un programme sur internet, genre test de personnalité, avec des champs à remplir qui va me donner la réponse. Voilà. Et je suis… en dixième position. Je m’y attendais!

Les quatre premiers ont un vrai rôle, une place attribuée, une mission qui leur est confiée, mais après, c’est moins clair. On ne connaît pas trop les autres. Nous ne sommes pas des responsables, juste des participants. Et c’est important qu’il y ait des participants, même beaucoup!

C’est quoi, mon don?
Notre leader nous a donné un enseignement sur les dons. Il paraît que chacun a le sien et que c’est lui qui définit la place qui est la notre dans le corps que nous formons. Le Corps du Christ. Mais nous, les participants, nous cherchons encore laquelle! Dans le Nouveau Testament, il y a plein de dons qui sont cités (Romains 12,4-9). On m’a dit que le mien, c’est peut-être le «don de servir». Mais servir à quoi? Dans un autre texte du Nouveau Testament, l’apôtre qui écrit, [un sacré numéro 1, celui-là], dresse une liste de dons «spirituels». Certains sont vraiment impressionnants. Je les aimerais bien.

D’un corps à l’autre
Une fois rentré à la maison, je lis dans la Bible le texte qui suit: «Les parties du corps qui paraissent les plus faibles sont indispensables; celles que nous estimons le moins, nous les entourons de plus de soin que les autres; celles dont il est gênant de parler sont traitées avec des égards particuliers qu'il n'est pas nécessaire d'accorder aux parties plus convenables de notre corps. Dieu a disposé le corps de manière à donner plus d'honneur aux parties qui en manquent». (1 Cor 12,22-24). En fait, je crois que dans la théorie, j’ai assez bien compris: l’apôtre Paul tire un enseignement de la manière dont est constitué le corps humain pour l’appliquer aux groupes de personnes. Mais c’est dans la pratique que j’arrive pas vraiment à voir le lien. Quand il dit: «On prend davantage des membres qu’on estime le moins». Je ne vois pas très bien comment ça se passe en pratique.

Pas viser trop haut
J’ai rencontré le n°3 dans la rue. Il avait l’air déprimé. On l’a informé qu’il ne serait plus n°3. On lui a dit que ça n’allait pas vraiment et qu’un autre (le n°5 actuel) le remplacerait dans son rôle et ses tâches. Il m’a dit aussi qu’il ne voyait pas pourquoi il resterait dans ce groupe. Et que peut-être c’était la dernière fois qu’on se voyait.

Le soir, j’ai relu la Bible, il y a une petite phrase qui m’a frappé: «N'ayez pas une opinion de vous-mêmes plus haute qu'il ne faut. Ayez au contraire des pensées modestes, chacun selon la part de foi que Dieu lui a donnée» (Rom. 12,3). Et plus loin: «N'ayez pas la folie des grandeurs, mais acceptez des tâches modestes. Ne vous prenez pas pour des sages» (v.16). Je crois que j’ai compris un truc important. Il faut que je vive tel que je suis, sans me comparer. Sans me surestimer ni me sous-estimer. Et que je demande à Dieu qu’il m’aide à grandir dans ce que je suis pour mieux le servir et lui faire plaisir. Et que j’arrête d’admirer ceux qui sont devant, à la lumière, sous les projecteurs, parce qu’ils ne sont pas supérieurs ou meilleurs devant Dieu.

Je me demande s’il y a des groupes ou des Eglises qui ont choisi d’honorer davantage «ceux qu’on estime le moins». Je vais en parler à mon leader.

Pascal Grosjean

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