Je refuse de distribuer ces publicités immorales

Ce printemps, un jeune facteur chrétien a suscité l’intérêt de la presse suisse romande. Il a fini par être licencié mais explique que cela lui a donné des occasions incroyables de témoigner de sa foi

Emmanuel Nowak est une jeune homme calme, à la voix douce et posée, mais au caractère trempé, résolu - un chrétien radical. «C’est mon tempérament. J’aime aller au fond des choses», confie-t-il. Lorsqu’il a choisi de consacrer sa vie à Dieu, à l’âge de dix-sept ans, il s’est dit que s’il ne lisait la Bible en entier, à raison d’un chapitre par jour, il ne la lirait jamais. Il en a donc lu deux par jour.

Chef compréhensif
Après une formation de logisticien à la poste, il commence à travailler à Lausanne, en Suisse. Les prospectus et publicités à caractère érotique ou sectaire, style Raël, commencent à arriver après quelques années. C’est une nouveauté. Mais Emmanuel Nowak ne veut pas y toucher. Il réfléchit: «Si des clients commandent des magazines, c’est leur liberté. Le prospectus publicitaire, par contre, c’est de la propagande. C’est incitatif. Comme chrétien, je ne me vois pas encourager ça». Son chef, qui est compréhensif, s’arrange pour organiser les distributions de manière à ce que son postier chrétien n’ait pas à se frotter à ces distributions qu’il trouve contraire à ses convictions.

De quoi ruiner son témoignage
C’est l’arrivée d’un nouveau chef, à peine plus âgé qu’Emmanuel Nowak, qui va précipiter la crise. Début 2009, il trouve sur son bureau le matériel pour sa tournée, dont un prospectus avec des femmes dévêtues qu’il doit distribuer. «Tous mes collègues savaient que je suis un chrétien convaincu. Je leur ai tous parlé de Jésus plein de fois. Pareil pour mes clients. C’était donc un conflit de conscience et de témoignage. J’ai tout de suite dit à mon responsable que c’était non». Or celui-ci ne l’entend pas de cette oreille et le dénonce au responsable des facteurs. Dès lors, la machine s’emballe.
Le facteur croyant reçoit avertissements, puis sanctions disciplinaires avant de passer en commission de médiation. En face, les arguments sont solides: la nécessité de laisser son Dieu au placard sur le lieu de travail, la distinction entre érotisme et pornographie ou l’hypocrisie du chrétien qui laisse les autres «se salir» à sa place. Mais Emmanuel Nowak tient bon, soutenu par des versets bibliques et par son Eglise. Ses supérieurs pensent qu’il va craquer mais il tient bon, déterminé à «montrer la supériorité de Dieu». Il va même rencontrer «tellement d’autorités différentes qu’il ne se souvient plus combien».

Ouvertures incroyables
Après une première réaction négative, l’attitude de ses collègues a changé au fil du temps. «Ils soutenaient un peu David contre Goliath, j’étais étonné», rapporte Emmanuel Nowak. «C’est incroyable comme cela a amené une discussion religieuse sur le lieu de travail», s’étonne encore l’ex-facteur, ricanant même à l’idée d’avoir pu annoncer l’Evangile à tous ses supérieurs et sans vergogne – ce qu’il n’aurait jamais osé faire hors de cette procédure disciplinaire.
Lorsqu’un journaliste local fait un sujet sur lui, les occasions de témoigner se multiplient. Il a des discussions avec des camarades d’armée, une Africaine dans la rue ou encore le gérant de son vidéo-club. «C’est un Afghan», détaille Emmanuel Nowak, «qui m’a confié qu’il avait eu honte de lui en lisant mon histoire. Il est arrivé en Suisse avec des valeurs mais il n’a pas réussi à les suivre. Il n’arrivait pas à tourner avec son vidéo-club sans le rayon des films X». Un autre musulman l’a même appelé, de retour de la Mecque, en lui disant qu’il le félicitait et lui souhaitait, au nom de Dieu, un meilleur employeur.

Toujours au chômage
Six mois après sa mise au chômage, Emmanuel Nowak est toujours en recherche d’emploi. Sa formation est inutilisable ailleurs qu’à la Poste, du moins sans des compléments. Il y a donc bien un prix à payer. «Certes, cela demeure un temps d’épreuve que nous vivons», évoque-t-il en pensant à sa famille. «Notre budget est en déficit, mais nous nous aimons profondément et sommes certains que Jésus finira par nous sortir de cette situation au temps voulu.»

El Ramon

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