Un appartement sans wifi

image: Un appartement sans wifi
© Alliance Presse

Une étudiante a pris conscience que son accès au wifi l’empêchait de faire autre chose de ses journées. Elle a décidé de s’en priver volontairement. Récit.

Bergen, ville de Norvège, par un après-midi pluvieux. Je me trouve au terme d’une longue séance de binge watching* sur Youtube, me laissant doucement dériver des brûlots politiques aux vidéos d’humour, puis aux documentaires animaliers. Soudain, au hasard d’un clic, je tombe sur un reportage suivant le quotidien d’un danseur du New York City Ballet qui me laisse une forte impression. Il y présente son appartement, cosy et plein de livres, puis précise qu’il n’a pas le wifi. Est-ce donc possible d’être un jeune dans une métropole et de vivre sans internet chez soi ? La question ne s’était même jamais posée en ces termes dans mon esprit, tant je considérais internet comme une donnée fondamentale dans un logement, au même titre que l’eau et l’électricité.

L’ordinateur triomphe toujours
Je lance un rapide coup d’œil autour de moi. Ma chambre d’étudiante Erasmus est, elle aussi, remplie de livres. Ai-je pourtant réussi à en ouvrir un seul depuis que je suis arrivée ? Le constat est affligeant. Dans la bataille Youtube contre littérature, Youtube a gagné par K.-O.
En vérité, lorsque l’ordinateur et le livre sont côte à côte sur mon bureau, l’ordinateur triomphe toujours. Le réflexe «recours au numérique» est tel que mon cerveau n’a même plus le loisir de faire un choix. Il me faut donc être radicale.

Internet reste à l’extérieur de l’appartement
De retour en France, je me sens le cœur à prendre des mesures  : il n’y aura pas d’abonnement internet cette année. Je commence par établir une hygiène de vie plus organisée. Il faut concentrer les moments d’accès à internet à l’extérieur de l’appartement, où le temps est compté et destiné à accomplir rapidement les tâches qui requièrent une connexion.
Université et bibliothèque le jour, loisirs le soir. Les soirées et les week-ends sont donc forcément consacrés à des activités coupées de l’immédiateté d’internet, des notifications Facebook et des filtres Instagram. J’espère que ces temps seront ainsi plus détendus, créatifs et vivants.

Dormir suffisamment
Le but ultime serait de résoudre la quadrature du cercle de la vie estudiantine  : dormir suffisamment. Le défi est de s’organiser pour terminer les projets à temps, car il devient impossible de se lancer dans des charrettes à toute heure de la nuit. Ma chambre devient alors davantage un lieu où il fait bon s’attarder… Et quand l’envie d’être seule se fait ressentir, on n’y coupe plus ; il faut attaquer le chef-d’œuvre de la littérature norvégienne qui décore la table du salon.

*Expression anglaise désignant l’action de regarder des vidéos avec frénésie et sans discontinuité.

Par Marie Hegy

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