Fan de jeux vidéo sans être accro

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© Alliance Presse

Il est possible d’avoir fait de la théologie et d’être un joueur de League of Legend, le célèbre jeu en ligne. C’est le cas de Matthieu Schmid, 27 ans, animateur jeunesse pour les églises FREE et responsable de la communication à l’Institut biblique et missionnaire Emmaüs. Il te donne ses clés pour réussir à gérer sainement ta consommation de jeux.

Lorsque Matthieu découvre World of Warcraft à 16 ans, il devient directement accro: «J’ai joué à fond et en cachette puisque mes parents me l’interdisaient. Je suis tombé dans un engrenage, à tel point que j’ai fini par consacrer une grande partie de mon temps libre, pendant deux ans, à ce jeu.» C’est lorsqu’il devient responsable de camp que Matthieu remet sa vie en ordre avec Dieu et décide ainsi d’arrêter totalement World of Warcraf, se rendant bien compte que sa vie ne peut plus tourner si intensément autour des jeux vidéo.

Apprendre à gérer
Quelques années plus tard, il découvre League of Legend (LoL) et croche à ce nouveau jeu qu’il trouve plus simple et moins addictif. Mais malgré tout, il se rend compte que cela risque de devenir à nouveau envahissant pour son quotidien et ses pensées. Encore aujourd’hui, lorsque le jeu prend trop de place, il arrête tout pendant un moment: «Mon objectif en faisant cela n’est pas d’arrêter totalement, mais d’empêcher l’installation de la dépendance! Je veux donc apprendre à mieux gérer plutôt que de fuir en le supprimant totalement. Car comme l’audiovisuel est un loisir qui me ressource vraiment, mon risque de dépendance est le même avec n’importe quelle utilisation d’écran.»

Des effets sur ta foi
Matthieu admet que les jeux vidéo ont forcément un impact sur notre foi, comme n’importe quelle autre occupation de notre temps d’ailleurs. Un jeu occupe beaucoup nos pensées, parfois même tout notre esprit. Les risques: tomber dans une dépendance qui conduira au mensonge, cacher son addiction ou vivre dans le déni. Cela conduit à se replier sur soi. Voilà les écueils à éviter. Mais Matthieu a constaté qu’il est possible de gérer les jeux vidéo, sans en devenir dépendant. Si la relation au jeu reste saine, il est possible de jouer tout en vivant sa foi pleinement.

Matthieu émet donc une nette différence entre le jeu en lui-même et la relation de dépendance au jeu. Tant qu’il ne devient pas obsessionnel, un jeu reste un divertissement, comme pourrait l’être un sport, une série télé ou même la lecture. «Il faut être conscient que tout loisir peut rendre dépendant, puisqu’il apporte un bonheur sur le moment et permet une évasion momentanée des défis du quotidien», rappelle Matthieu.

Des jeux plus malsains que d’autres?
Cela signifie-t-il que tous les jeux sont bons à prendre tant qu’on les gère avec sagesse? Il est possible de faire la part des choses: les adeptes de jeux vidéo ne sont pas tous des psychopathes en puissance, prêts à prendre un pistolet pour aller dégommer tout le monde dans la rue… Matthieu est donc sceptique quant à l’idée selon laquelle les jeux créeraient de l’agressivité ou de l’occultisme, car ces déviances sont déjà présentes dans la société en général (films, publicité, école, amis…). Mais il faut cependant rester vigilant et analyser quelle influence un jeu exerce sur les défis déjà présents dans notre comportement.

En prenant l’exemple de World of Warcraft, Matthieu explique que «même si, comme dans le cas de la violence, tu sais que ce n’est qu’un jeu, tu te retrouves à jouer avec des forces mystiques. Et si l’on n’y est pas attentif, cela crée une banalisation de l’occultisme assez malsaine.»

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S’analyser soi-même
La clé, pour Matthieu, consiste à être lucide: «Essaie d’être honnête avec toi-même pour voir si tu es dépendant ou non, et si ta gestion est saine ou non. Dans quelle humeur est-ce que ce jeu te met? Comment réagis-tu quand tu perds? Combien de temps y passes-tu? Compare-le avec la place qu’ont les autres choses dans ta vie et demande-toi ce que les jeux t’apportent. Si tu constates que c’est une dépendance, parles-en tout d’abord à quelqu’un. En parallèle, essaie de mieux gérer ton temps, de prendre de nouvelles habitudes et idéalement de trouver des amis joueurs qui ont la même approche et qui pourront ainsi t’encourager avec réalisme dans ton défi.»

Être un témoin sur les jeux en ligne, est-ce possible?
Il y a quelque temps, Matthieu rêvait à un projet d’Eglise de gamers. Il a assez vite remarqué que ce ne serait pas idéal, mais il continue à réfléchir à des projets d’évangélisation en lien avec cette communauté en pleine croissance. En tentant d’annoncer l’Evangile sur les plateformes en ligne, il s’est vite heurté à plusieurs barrières. La première, c’est le grand écart entre la Bible et le monde des jeux vidéo: il est difficile de tirer des parallèles entre les deux et donc de rejoindre les gamers. La deuxième est que durant le jeu, les joueurs sont généralement fermés à toute discussion qui porterait sur autre chose que le jeu: ils ne jouent pas pour socialiser, mais… pour jouer.

Il faut donc d’abord créer une relation avec lui à travers le jeu, pour ensuite vivre cette relation aussi en dehors du jeu et oser aborder un autre sujet. Et pour cela il faut s’armer de persévérance…

Par Robin Jacques

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