«Bombardée au napalm durant la guerre, je ne suis plus une victime»

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La guerre du Vietnam, dans les années 70, a laissé des marques durables aussi bien dans ce pays d’Asie et aux Etats-Unis. A l’époque, la photo de la Vietnamienne Kim Phuc Phan Thi a fait le tour du monde, lorsqu’elle fuyait les bombardements. Son corps se souvient encore aujourd’hui des ravages du napalm, un gaz déversé sur la population civile. Interview.

Quelle a été votre réaction lorsque vous avez découvert que votre corps nu était révélé au grand jour?
J’ai découvert la photo pour la première fois lorsque je suis rentrée chez moi après quatorze mois d’hospitalisation. Quelle honte! Je souffrais terriblement des brûlures, je détestais l’allure de mon corps, et voilà qu’en plus tout le monde me voyait nue!

Votre souffrance ne vous a-t-elle pas révoltée contre Dieu?
Lorsque le régime m’a empêchée de poursuivre mes études, je me suis réfugiée dans la bibliothèque à Saigon. J’y ai découvert un Nouveau Testament, que j’ai dévoré. Elevée dans la foi Cao Dai (ndlr. une secte vietnamienne constituée de plusieurs divinités), j’ai été frappée par cette parole de Jésus: «Je suis le chemin, la vérité, et la vie» (Jn. 14, 6). Etait-il possible qu’il n’y ait qu’une vérité unique?
J’ai compris que Jésus était mort sur la croix pour mes péchés, tout simplement parce qu’il m’aimait. Aucun autre dieu n’était mort pour moi! J’ai commencé à prier Dieu seul, au nom de Jésus. Ma famille n’a pas du tout apprécié et j’ai subi des pressions. Mais bien plus tard, mes parents et tous mes frères et sœurs ont eux aussi accepté le salut en Jésus-Christ seul.

Comment un Dieu d’amour permet-il tant de barbarie dans le monde?
Accuser Dieu, c’est comme se faire frapper par son voisin et s’emporter contre Dieu. Lorsque Dieu a créé Adam et Eve, il les a laissés libres de leurs choix. Ainsi, dans mon cas, ce sont des humains malveillants qui ont choisi d’inventer et de larguer du napalm, ce n’est pas Dieu.
De même que certains choisissent de faire du tort, ceux qui souffrent ont aussi un choix: se laisser devenir des victimes remplies de haine et d’amertume, ou bien devenir des survivants qui se laissent guérir intérieurement par un Dieu d’amour.

Souffrez-vous toujours de vos brûlures?
Cela fait plus de quarante ans que je souffre terriblement. Durant mon adolescence, j’avais toujours l’impression que les gens n’avaient d’yeux que pour mes cicatrices et j’avais de terribles cauchemars, avec le sentiment que je ne pourrais jamais être aimée d’un homme. Aujourd’hui, ce n’est plus le cas, mais la douleur reste. Cette dernière a aussi un effet positif: san elle, je ne pense pas que je prendrais le temps de prier et de puiser des forces auprès de Dieu pour «aujourd’hui».

Quels sont vos futurs projets?
Mon rêve, c’est d’encourager les enfants à ne jamais abandonner leurs rêves. J’espère que mon histoire sera un jour adaptée à l’écran...

Interview: Rachel Gamper

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