Mes parents ne partagent pas ma foi

L’expérience de Marie-Louise, dix-neuf ans

Depuis combien de temps es-tu engagée dans la foi?
Bientôt deux ans.

Comment tes parents ont-ils réagi lorsqu’ils ont appris ton engagement?
Les deux étaient très surpris. Ma mère est restée silencieuse et mon père était atterré. Pour lui, cela représentait un échec. Il n’arrivait pas à comprendre comment sa propre fille pouvait croire à de telles «absurdités».

Est-ce qu’il pourrait y avoir des conflits de loyauté?
Oui, par exemple, le dimanche matin, c’est généralement un moment où l’on se retrouve en famille, ce qui n’est pas fréquent, étant donné que la semaine je loge dans un foyer pour mes études. Je dois donc choisir entre passer du temps avec eux et aller au culte. J’apprécie beaucoup les deux, ce qui rend les choses compliquées.

Vois-tu du positif à ta situation ?
Je comprend mieux l’état d’esprit des gens qui ne croient pas, j’ai été élevée là-dedans. Quand on n’a pas le soutien de sa famille, cela nous amène peut-être plus vite à prendre une décision sérieuse, si l’on est prêt à suivre Jésus alors que ceux qu’on aime le désapprouvent. Mais cela m’embête de ne pas pouvoir prier avec eux. J’en suis triste.

Peux-tu parler de ta foi à tes parents?
Quand j’ai des questions, je préfère les poser aux personnes de mon Eglise. Quand je parle avec mes parents, c’est plutôt des activités de l’Eglise, de temps à autre.

Que faire quand des parents qui ne croient pas voient d’un mauvais œil l’engagement de leur adolescent et cherchent même à lui barrer la route?

Croire «contre» ses parents n’est jamais une expérience aisée. Aucun parent n’est réellement indifférent au Christ, même ceux dont le crédo est la «tolérance». Un conflit de valeurs et d’éducation peut aussi se produire autour un choix de métier, si papa a une ferme et qu’il attend que fiston reprenne le domaine, du choix d’un amoureux, si vous vous appelez Roméo et votre copine Juliette ou l’inverse, voire d’orientation politique si vous êtes nationaliste et vos parents communistes – ou l’inverse. Mais la question religieuse est parmi les plus épineuses, car elle touche aux fondements sur lesquels on bâtit une vie.

Besoin de reconnaissance
La qualité de la relation qu’on a avec ses parents, comment ils voient la religion, leur capacité à gérer la différence - tous ces facteurs influent sur la manière dont cela va se passer lorsqu’on devient croyant. Le problème, du côté du jeune croyant, c’est celui de la reconnaissance qu’il attend de ses parents. La Bible dit «honore ton père et ta mère» et Dieu se présente comme le Dieu des générations. D’un autre côté, Jésus a dit : «Je suis venu mettre la division entre frères et sœurs, enfants et parents; si quelqu’un ne me préfère pas à son père et sa mère, il n’est pas digne d’être mon disciple». Si les parents ne peuvent jouer ce rôle d’affermir leur adolescent qui forge son identité et ses convictions, il faudra simplement trouver d’autres adultes, référents et modèles, qui peuvent ce rôle – sur le plan religieux bien sûr. Tout en respectant son père et sa mère, sans les juger.

Un test de caractère
L’opposition qui peut venir de la famille, même si elle est douloureuse, est aussi un test de caractère. Notre ami Jean, qui vient d’une famille qui n’est croyante, raconte que ses parents ont essayé de le faire décrocher quand il a commencé à marcher avec Dieu, à l’âge de quinze ans. Il a prié et a tenu bon. Quelques temps plus tard, ses parents sont venus le trouver et lui ont dit : «Nous t’avons observé, ton engagement est sérieux. Nous n’essayerons plus de te dissuader désormais». Il faut les comprendre, aussi. De l’extérieur, la foi religieuse n’est pas toujours compréhensible. C’est une expérience intime. Ce que l’on peut faire, c’est simplement expliquer qu’on a droit à ses convictions personnelles et demander qu’elles soient respectées. Une attitude pleine d’amour et de respect a la capacité de diminuer les tensions et d’assouplir l’opposition. Si on évolue positivement dans sa vie, ce sera aussi un message fort pour les parents.

Quand on risque de tout perdre
Dans un contexte comme celui de l’islam, la famille est la valeur la plus importante qui soit et le risque de rupture violente est important. Aussi, les spécialistes conseillent aux adolescents et aux jeunes adultes qui sont devenus chrétiens d’attendre plusieurs années, d’être assez fort pour oser le dire à ses parents; on risque trop gros avant; car la foi n’est pas juste perçue comme des idées, dans les communautés musulmanes, mais comme un élément essentiel de l’appartenance à la communauté.

Mick Shalom
El Ramon

Je m'abonne à Just 4U | Achat au N° | Autres articles de ce N°