Sommes-nous obligés de vivre à 200 à l’heure?

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Ralentis! On est dans un monde où les gens courent toujours plus dans tous les sens. Le sociologue Frédéric de Coninck te propose d’aller moins vite, de te poser. Il est l’auteur de «Ralentis, fais du temps ton ami» (éd. Mennonites). Entretien. Découvre sur ce site les autres articles de notre dossier consacré au Temps.

Vous avez décidé de ralentir. Pourquoi?
J’ai eu plusieurs fois l’occasion de méditer la Bible en marchant. Du coup, je me suis rendu compte que le monde vu avec un autre tempo possédait une richesse particulière. Cela vaut aussi pour la lecture de la Bible, qui gagne à être pratiquée avec lenteur. Il m’est arrivé de traverser à pied des lieux que je parcours d’habitude en voiture et d’à peine les reconnaître, tant la vitesse change notre perspective.

Quels «bénéfices» en avez-vous retirés?
Quand on ralentit, on voit les choses autrement. On est plus attentif aux autres et on construit des relations plus solides.

Quelles sont les conséquences négatives d’une société qui va tout le temps très vite?
La vitesse est souvent devenue un but en soi. Le problème, quand on est ainsi dans l’activité, c’est qu’on oublie de se poser de bonnes questions: que fait-on? Dans quel but? Et puis, il n’est pas possible de tout accélérer. Certaines choses prennent du temps. La cuisine mijotée possède des saveurs particulières. La réflexion, la pesée du pour et du contre, prennent du temps. On juge souvent mal d’une situation en la survolant.

Faut-il pour autant rejeter toutes les nouveautés technologiques (par exemple le téléphone), qui améliorent quand même notre qualité de vie?
L’idée n’est pas d’être contre la vitesse par principe, mais plutôt de ne pas en faire une valeur suprême. J’utilise mon téléphone et internet, mais j’ai besoin, régulièrement, de faire des pauses et de m’arrêter pour réfléchir à mes choix. Dans ce cas, je dois ralentir.

A-t-on tendance à aller aussi trop vite dans notre vie chrétienne?
On attend souvent que les fruits arrivent tout de suite, que la prédication fasse de l’effet immédiatement ou que Dieu exauce rapidement les prières. Pourtant, un des buts de la prière est de nous permettre de construire une conversation avec Dieu qui se poursuit au fil des ans et qui finit par nous transformer. De même dans nos relations, il faut prendre le temps de pleurer avec ceux qui pleurent, construire des projets ensemble, surmonter des tensions et se réconcilier.

Ralentir dans la vie chrétienne, ça apporte quoi?
La conversion est un point de départ dans la vie chrétienne, mais toutes les transformations que Dieu nous permet de vivre ne se produisent pas à ce moment-là. La vie chrétienne, c’est apprendre à toujours mieux connaître Dieu: par les choses que nous vivons, par nos rencontres avec les autres chrétiens. Nous avons besoin de digérer les événements, de revenir sur nos réactions, de nous tenir tranquillement devant Dieu dans la simple joie de la relation, de méditer des passages bibliques, etc.

Propos recueillis par Christian Willi

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