Imparfait… et disciple de Jésus

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Boppi (alias Andréas Boppart) a écrit un livre pour dire qu'il est possible d'être imparfait... et disciple du Christ. Interview de celui qui est directeur général de l’organisation Campus pour Christ Suisse. Découvre les autres articles de ce dossier sur le "lâcher prise".

Pour toi, un fossé culturel sépare la génération de tes parents et la tienne. Pas seulement sur le plan des goûts musicaux :-) mais aussi sur la façon de vivre sa foi...
La génération qui m’a précédé a développé une foi où l’obéissance était la valeur essentielle. On pensait qu’une journée qui ne commençait pas par la lecture de la Bible serait moins réussie. Et on se sentait mal de manquer un culte du dimanche, comme si Dieu nous regarderait ensuite toute la journée de travers depuis le ciel…

Les mentalités passent d’un extrême à l’autre. La nouvelle génération n’est pas sensible aux notions d’obligation ou de contrainte. Oui, elle a bien intégré la grâce et l’appel évangélique à la liberté, mais elle les vit de manière déséquilibrée.

En fait, la liberté et l’obéissance ne sont supportables que dans une dépendance entre elles. Les générations peuvent donc apprendre l’une de l’autre.

La nature humaine imparfaite fausse notre vision, écris-tu. Nous nous focalisons sur un idéal biblique de perfection au point d’oublier notre faiblesse.
L’image du chrétien parfait a prédominé durant des années. Il y a quelques décennies, il était pratiquement impensable de parler publiquement de ses soucis de couple. Quand on avait fréquenté une Église pendant vingt ans, on n’osait plus faire état de ses problèmes, comme si l’on devait avoir tout réglé depuis le temps! Mais la Bible est remplie de personnages qui tombent ou défaillent, même après des années de marche avec Dieu!

Oui, nous construisons notre foi au moyen de la vérité, mais pas seulement. Nous la comprenons et nous lisons la Bible avec des lunettes particulières, celles de notre histoire personnelle, de notre culture, etc.

Chaque génération se débat avec de nouvelles questions, car notre myopie évolue.

Paradoxalement, nous restons très attachés à cette terre où règne l’imperfection…
C’est vrai, en tant que chrétiens, nous applaudissons quand on nous parle du ciel ou du paradis… Et pourtant, si nous devions tout laisser en plan pour nous y rendre là, à l’instant même, combien d’entre nous demanderaient un délai, pour prolonger un peu notre séjour sur terre? Cela révèle l’état de notre foi. Croyons-nous réellement à la bonté de Dieu?

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Dans quel domaine Dieu a-t-il le plus de peine avec les chrétiens?
Je crois que nous avons perdu la dimension de la vie de disciple. La foi a un prix. Mais nous en avons retiré l’étiquette, comme au supermarché.

Quels sont les principaux obstacles au progrès dans notre foi?
L’impression que nous avons tout compris et que nous faisons tout juste. Celui qui n’évolue plus voit sa pensée et sa foi rétrécir. On devient borné. La rencontre avec ceux qui ont une autre vision des choses devient plus difficile. Elle suscite des conflits. A l’inverse, en restant ouvert à la «formation continue» de Dieu, on découvre comment il ouvre notre cœur, notre pensée et notre foi; on découvre aussi comment la rencontre avec l’autre permet de découvrir de nouvelles facettes de Dieu.

N’avons-nous pas peur de faire fausse route?
Je crois que nous avons surtout peur d’être honnêtes, de nous montrer tels que nous sommes. A l’époque où les médias tels que Facebook déterminent notre identité, nous avons appris à ne montrer que le meilleur de nous-mêmes.

Ce que je poste sur les réseaux sociaux, ce sont les plus belles photos, parfois retravaillées, les meilleurs souvenirs. Quand nous publions les mauvais souvenirs, nous choisissons ceux qui suscitent la pitié. Qui partage ses photos ratées ou ce qu’il vit de plus difficile?
Attention: pas besoin d'étaler nos problèmes et nos échecs, mais il est important que nous ne nous cachions pas derrière une fausse image du chrétien. Apprenons à être vrais, authentiques!

Que faire quand on est insatisfait de soi-même ou de sa foi?
Peut-être découvrir de nouveaux moyens de s’approcher de Dieu? Je vais citer l’exemple de mon épouse: elle a commencé à prendre des «journées de silence» et vraiment, ces dernières lui ont permis d’aller plus loin.

Très souvent, nous nous contentons de faire ce qu’on nous a montré. Or Dieu est si proche de nous, plus proche que ce que nous croyons et il désire rencontrer chacun personnellement.

Voici une autre piste: la lecture en groupe de la Bible. Pourquoi ne pas aborder le texte ensemble, entre égaux, dans un esprit de prière, afin d’échanger ensuite nos trouvailles. C’est une expérience très enrichissante!

Par Christian Willi

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